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Défi Intégration, les fauteuils restent à terre…

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Ce devait être une aventure unique, il y a plus de deux ans, Laurent Marzec, tétraparétique et auteur de « A corps perdu », et Eric Bellion, skipper, imaginaient le Defi Intégration. Leur but ? Promouvoir l’intégration des personnes handicapées dans les équipes en « battant » un record transocéanique à bord d’un voilier adapté pour un équipage mixte (handis et valides à parts égales). Ce record est à établir sur la route des épices, de Bretagne à l’île Maurice, via le Cap de Bonne Espérance.

 

Le premier défi est d’abord de trouver le bateau, de l’adapter et de recruter l’équipage. Les deux hommes le remporteront, assez rapidement : Eric Bellion est aussi un professionnel de la communication auprès de grandes entreprises. Un voilier de cinquante pieds est rapatrié aux chantiers Pinta, à La Rochelle. L’équipage est alors constitué : outre Laurent Marzec et Eric Bellion, Gregory Dunesne (paraplégique), David Viguier (unijambiste), Justine Gaxotte, Nicolas Meissel rejoignent le bord. Une réalisatrice, Chloé Henry-Biabaud, sera aussi du voyage pour tourner le film de cette navigation et de la vie de cet équipage différent autoproclamée « bande de bras cassés ».

 

Côté partenariat, c’est du lourd : de TF1 à Lafarge, en passant par Total et l’Agence Française de Développement, les missions Handicap mettent la main à la poche pour réunir les 700 000 euros du budget. Côté parrainage, le Défi Intégration donne dans le prestigieux avec, par exemple,  Nonce Paolini, président directeur général de TF1 et Laurent Wauquiez, ministre délégué aux Affaires européennes et ancien secrétaire d’État en charge de l’emploi.





 

 

Objectif : « pimentez » les équipes

 

Le bateau, baptisé Jolokia, est mis à l’eau fin 2009. Dès le début de l’année 2010, les entraînements s’enchaînent pour que l’équipage et le bateau soient fin prêts pour un départ prévu début septembre 2010.

 

À la genèse de l’aventure, Laurent Marzec était clair par rapport à l’intitulé du fameux (fumeux ?) record « pas d’angélisme : le but de cette navigation est de montrer qu’il est possible de réaliser quelque chose ensemble, handis et valides, pour peu que les postes attribués soient parfaitement adaptés. Dire que, physiquement, nous serons aussi performants que les marins valides n’est pas le message de l’aventure. Le prétexte, c’est le défi sportif et l’aventure humaine, pas le record ; de toute façon, cette route venant d’être rouverte, en partant les premiers nous établirons le record de référence. Mais celui-ci sera destiné à être battu. De toute façon, je déteste la compétition ! »

Donc, pas question de record, mais de partage : c’est même le slogan de l’aventure « pimentez vos équipes ! », comprenez mélangez handis et valides dans l’entreprise.





 

Problème physique et abandon

 

Mais voilà, une partie de l’équipage, Éric Bellion en tête, se prend au jeu de la compétition. Au fil des entraînements demande aux deux marins en fauteuil (Laurent et Gregory), de se mettre au diapason des marins valides, tant au niveau des rythmes de bord que des efforts physiques à déployer. Résultat, Laurent Marzec jette l’éponge au printemps 2010 pour raisons médicales. Il sera remplacé par Olivier Brisse, non-voyant et détenteur d’un record de vitesse en planche à voile.

L’été 2010 passe, avec de plus en plus de problème physique pour le paraplégique restant, Greg Dunesne : infections urinaires à répétition et tendinites sont le plus souvent au menu. Pourtant Greg s’accroche et met toute son énergie et son temps dans la préparation de cette navigation, tout en essayant de faire comprendre à l’équipage, valide donc, qu’il faut tenir compte de ses spécificités physiques. Las, à la veille du départ, Gregory abandonne et reste à quai. Jolokia part sans lui et sans représentant « chaisard », alors que le gros des modifications du bateau (assises, ascenseur, cheminement intérieur) est fait pour les non marchants. L’autre constat sans appel est que Jolokia est constitué d’un équipage majoritairement valide, alors que le postulat de départ misait sur un équipage handicapé pour moitié. Enfin, côté communication depuis le départ, quasiment aucun message de l’équipage ne porte les valeurs du handicap – il n’est presque jamais abordé. Pourtant, que met l’association en  avant sur tous ses documents ? Réponse : le fauteuil roulant…





Si l’équation de départ (un bateau rendu accessible + un équipage mixte = promouvoir l’intégration des personnes handicapées dans les entreprises) est littéralement « tombée à l’eau », elle pose question sur la gestion des fonds des missions handicap des grandes entreprises mais surtout sur leur vision de l’intégration de la personne handicapée au sein de leurs effectifs.

 

Aucune concession au handicap

 

Car intégrer les personnes handicapées, c’est surtout et avant tout une question de respect. Respect de la personne, de ses rythmes et de ses possibilités physiques. L’exemple du Jolokia et du Défi Intégration va à l’encontre de ces principes. Pas de respect des rythmes du marin paraplégique (besoin de sommeil supplémentaire, temps consacré aux soins, comme le sondage ou la surveillance cutanée), pas de concessions au handicap (on exige la même performance physique). En gros, les paras ou tétras n’ont pas leur place sur Jolokia ; donc ils n’ont pas leur place en entreprise.

 

Chacun pensera ce qu’il veut de ce « record ». Il n’en demeure pas moins que Jolokia avance peu ou prou à la vitesse d’un voilier de plaisance de même taille. Et que va-t-il advenir de Jolokia ?





 L’équipage a sûrement vécu une belle aventure, et TF1, partenaire du projet va sûrement nous produire un reportage aux petits oignons, façon « au-delà des limites ». Enfin, s’il faut qu’il y ait absolument du record dans l’air, il était nettement plus rafraîchissant de lorgner vers la « route du rhum ». Damien Seguin, né sans main droite, est arrivé dixième des Classe 40, après des années de bataille pour faire valoir ses compétences de marin. Faire marcher au maximum, en solitaire et sur une main un monocoque de quarante pieds taillé pour la vitesse, ça a une belle allure…

 

Pierre  Bardina

 

 

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