Search
Close this search box.
Handirect devient Handinova, pour mieux refléter nos contenus variés (articles, newsletters, livres, formations, services …)
Search
Close this search box.
Handirect devient Handinova, pour mieux refléter nos contenus variés (articles, newsletters, livres, formations, services …)

Aménagement domicile – avril

Aménagement domicile – avril

Incendies de l’été : que devient-on quand on vit en FAM-MAS, foyer ou en IME et qu’il faut évacuer ?

Écouter cet article

Depuis fin juillet, la Gironde vit ce que le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a qualifié de « record historique » : plus de 220 000 personnes évacuées, un mégafeu qui a ravagé plus de 30 000 hectares rien que dans ce département, des communes entières vidées en quelques heures autour du Bassin d’Arcachon et de Lège-Cap-Ferret. Au même moment, les Pyrénées-Orientales ont vu 10 000 habitants fuir en urgence à Ille-sur-Têt, et le Var a connu l’un des feux les plus meurtriers de l’été dans le massif des Maures, près de Saint-Tropez, avec deux morts, 24 blessés et 7 000 personnes ayant dû passer la nuit dans l’un des quinze centres d’accueil ouverts en urgence. Une saison qui a déjà dépassé, fin juillet, le total de surface brûlée de toute l’année 2025.

Dans ce chaos, un reportage de France 24 réalisé à Biganos, en Gironde, pointe une réalité que l’on cite souvent en passant, sans jamais vraiment la creuser : parmi les évacués, on trouve « de nombreuses personnes âgées, en situation de handicap, isolées, mais aussi des populations marginalisées ». Sylvie Giraud, adjointe à la mairie, le résume sans détour : les premiers jours, avec des familles et des vacanciers, c’était gérable — à manger, à boire, un lit pour quelques heures. C’est ensuite, avec un public qui a des besoins particuliers et moins d’autonomie, que la prise en charge devient, dans ses mots, « forcément plus délicate ».





Cette phrase, en apparence anodine, pose en réalité toute la question que nous avons voulu creuser : quand un incendie force l’évacuation complète d’un territoire, que devient-on si l’on vit non pas chez soi, mais dans un foyer de vie, un FAM, une MAS ou un IME ? Et surtout, que se passe-t-il quand la famille, sollicitée en dernier recours, ne peut tout simplement pas accueillir ?

Ce que l’on sait, et ce que l’on ne trouve pas

Notre première démarche a été de chercher, dans la masse de couverture médiatique et de communiqués préfectoraux sur les incendies de Gironde, des mentions explicites d’établissements handicap évacués. Nous avons trouvé plusieurs cas documentés d’Ehpad : celui de la commune d’Arès, et celui de Lège-Cap-Ferret — l’Ehpad Les Tchanqués — dont les résidents ont été, selon le communiqué de la préfecture du 25 juillet, « évacués et transférés vers des structures d’accueil adaptées ».

En revanche, à l’heure où nous écrivons ces lignes, nous n’avons trouvé aucun signalement de presse ou communiqué officiel citant nommément l’évacuation d’un FAM, d’une MAS, d’un IME ou d’un foyer de vie dans le cadre de ces mêmes incendies.

Cela ne signifie pas qu’aucun de ces établissements n’a été concerné — la zone touchée est vaste et l’information continue d’arriver au moment où nous rédigeons cet article — mais cela révèle un premier problème, plus structurel qu’anecdotique : les personnes en situation de handicap vivant en établissement n’apparaissent, dans le récit médiatique de ces crises, que comme une catégorie générale au milieu des évacués, jamais nommées avec la même précision institutionnelle que les résidents d’Ehpad. On sait où sont allés les résidents des Tchanqués. On ne sait pas, à ce stade, où sont allés ceux des établissements handicap potentiellement concernés — s’il y en a eu.





Ce que prévoit la réglementation

Sur le papier, un dispositif existe bel et bien. Depuis 2005, les Ehpad ont l’obligation d’élaborer un « plan bleu », équivalent médico-social du plan blanc hospitalier : un protocole détaillant l’organisation à mettre en œuvre face à une situation sanitaire exceptionnelle.

Cette obligation s’est étendue, à partir de 2007, aux établissements accueillant des personnes en situation de handicap, avant que la loi Santé du 24 juillet 2019 n’élargisse encore le périmètre à l’ensemble des établissements et services sociaux et médico-sociaux (ESSMS) listés à l’article L. 311-8 du Code de l’action sociale et des familles — FAM, MAS, IME, ITEP, EEAP, lits d’accueil médicalisés compris. Ce plan bleu doit être rédigé sous la responsabilité du directeur de l’établissement, avec le médecin coordonnateur quand il existe, et prévoir noir sur blanc les procédures face à un incendie, une canicule, une pandémie ou toute autre situation exceptionnelle.

À l’échelle du bâtiment lui-même, la réglementation impose également, dans de nombreux établissements recevant du public, des « espaces d’attente sécurisés » (EAS) : des zones protégées, résistantes au feu, où les personnes ne pouvant évacuer seules patientent en sécurité en attendant l’intervention des secours. Un dispositif utile — mais pensé pour un incendie ponctuel dans un bâtiment, avec une intervention des pompiers en quelques minutes, pas pour un feu de forêt qui menace tout un territoire pendant plusieurs jours et impose une évacuation complète et prolongée, sans retour possible à court terme.





C’est précisément là que se situe l’angle mort. Le plan bleu et les espaces d’attente sécurisés répondent bien à la question « comment protéger les résidents le temps que les secours arrivent ». Ils répondent beaucoup moins clairement à la question posée par un mégafeu comme celui de Gironde : « où vont les résidents quand l’établissement entier doit être évacué pour plusieurs jours, voire davantage, et qu’un retour rapide est exclu ? »

Le vrai goulot d’étranglement : où sont les places disponibles ?

Pour un Ehpad, la réponse observée sur le terrain — « transfert vers une structure d’accueil adaptée » — repose sur une réalité concrète : la France compte plusieurs milliers d’Ehpad, répartis de façon relativement dense sur le territoire, ce qui laisse statistiquement une chance réelle de trouver, même dans l’urgence, un établissement voisin avec quelques lits disponibles.

Le secteur du handicap ne dispose pas du même filet. Nous l’avons documenté à plusieurs reprises dans nos colonnes : le nombre de places en établissement pour adultes handicapés est contraint depuis des années — un moratoire limite depuis 2013 les créations de places en ESAT, et des associations de gestionnaires témoignent régulièrement de personnes en situation de handicap contraintes de partir en Belgique, faute de solution disponible en France, y compris hors contexte de crise. Un FAM ou une MAS tourne structurellement en quasi-pleine capacité, précisément parce que la demande dépasse l’offre. Si un incendie impose l’évacuation complète d’un de ces établissements, la probabilité de trouver, dans l’urgence et à proximité, un établissement homologue disposant de plusieurs places libres est nettement plus faible que pour un Ehpad. Le plan bleu prévoit la procédure ; il ne crée pas, par lui-même, les places qui n’existent pas.





Et quand la famille ne peut pas accueillir ?

C’est la question la plus délicate, et probablement la plus mal anticipée. Le réflexe naturel, en cas d’évacuation, est de solliciter la famille comme solution de repli. Mais pour une large part des résidents de FAM, de MAS ou de certains IME, l’entrée en établissement a précisément eu lieu parce que le maintien à domicile n’était plus tenable pour la famille — que ce soit pour des raisons de charge physique de l’accompagnement, de compétences médicales nécessaires, d’équipements spécifiques, ou tout simplement d’épuisement des aidants après des années d’accompagnement. Demander à ces mêmes familles d’accueillir en urgence, pour une durée indéterminée, un proche dont l’accompagnement quotidien nécessite parfois des gestes médicaux, une présence continue ou un environnement spécifiquement aménagé, revient à leur demander l’impossible — pas par manque de volonté, mais parce que la situation qui avait justifié l’entrée en établissement n’a pas disparu du jour au lendemain.

Quand ni la famille ni un établissement homologue ne peuvent absorber la personne, il ne reste que la solution par défaut observée pour l’ensemble de la population évacuée : les centres d’hébergement d’urgence collectifs — gymnases, salles des fêtes — mis en place par les communes. Or ce sont précisément ces structures que l’adjointe au maire de Biganos décrit comme mal calibrées dès lors qu’il s’agit d’accompagner un public aux besoins spécifiques. Un gymnase transformé en centre d’accueil pour plusieurs centaines de personnes, avec un bénévolat certes engagé mais rarement formé aux gestes spécifiques du handicap, n’offre ni l’environnement sensoriel adapté à certains profils autistiques ou psychiques, ni la présence médicale continue que nécessitent des résidents de MAS polyhandicapés, ni même, simplement, l’espace et le calme dont a besoin une personne déjà éprouvée par l’urgence d’un départ précipité.





Ce qui manque, très concrètement

Ce que révèle cette situation, ce n’est pas l’absence de dispositif — le plan bleu existe, les espaces d’attente sécurisés existent, l’obligation réglementaire est réelle depuis près de vingt ans. Ce qui manque, c’est un maillon spécifique entre ces textes et la réalité d’un feu de forêt qui dure plusieurs jours : des accords de solidarité inter-établissements explicitement négociés et testés à l’avance entre structures handicap d’un même territoire ou d’une même région, sur le modèle de ce que les hôpitaux pratiquent déjà entre eux lorsqu’un établissement déclenche son plan blanc et doit transférer des patients vers un centre voisin. Et surtout, une transparence de suivi : savoir, après coup, combien d’établissements handicap ont dû évacuer, où sont allés leurs résidents, et pendant combien de temps — des données qui, à ce jour, ne sont tout simplement pas rendues publiques avec la même précision que pour les Ehpad.

Tant que cette donnée reste invisible, il est impossible de savoir si le système tient réellement, ou s’il tient uniquement parce qu’aucun grand établissement handicap ne s’est encore trouvé, cet été, exactement sur la trajectoire d’un mégafeu.


Sources : France 24 (reportage à Biganos, 26 juillet 2026) ; préfecture de la Gironde (communiqués des 25 et 26 juillet 2026) ; franceinfo ; Euronews ; ministère de l’Intérieur ; Code de l’action sociale et des familles (article L. 311-8) ; ARS Auvergne-Rhône-Alpes et Hauts-de-France (guides d’élaboration du plan bleu) ; Légifrance (décret n° 2011-1461 du 7 novembre 2011).

Ces articles pourront vous intéresser :

Facebook
Twitter
LinkedIn
E-mail

Commentaires

Inscrivez-vous à nos Newsletters

Flash Info

Inscrivez-vous à nos Newsletters