Si le déploiement des Infrastructures de Recharge pour Véhicules Électriques (IRVE) connaît une croissance exponentielle, l’accessibilité pour les personnes en situation de handicap moteur, et plus particulièrement celles en fauteuil roulant, demeure un défi majeur.
Cet article dresse un état des lieux et explore les voies d’un avenir où la recharge électrique garantie une mobilité inclusive.
Des premiers balbutiements des bornes de recharge à courant continu dans les années 90 aux réseaux maillés d’aujourd’hui, l’infrastructure de recharge pour véhicules électriques (IRVE) a connu une expansion significative. Au 1er avril 2025, la France comptait plus de 120 000 points de recharge ouverts au public.
Cette dynamique, bien que positive, ne garantit pas une accessibilité équitable pour tous les usagers, notamment pour les personnes en situation de handicap moteur. L’histoire de l’IRVE en France révèle une évolution technologique rapide, où l’accent initial sur la performance et la couverture géographique a parfois éclipsé les impératifs d’accessibilité universelle. Les normes et réglementations ont certes progressé, mais leur application uniforme et leur contrôle sur le terrain restent des points d’amélioration. La diversité des puissances de recharge (lente à ultra-rapide) et des lieux d’implantation (voirie, parkings, aires d’autoroutes) complexifie d’autant plus l’équation de l’accessibilité.
Un parcours semé d’obstacles
Pour une personne en fauteuil roulant, l’action de recharger son véhicule électrique est souvent synonyme de confrontation à une multitude d’obstacles concrets. Sur les installations en voirie, des trottoirs trop hauts ou l’absence de rampes d’accès constituent des barrières physiques parfois impossibles à contourner. Le positionnement inadéquat des bornes par rapport aux places de stationnement réservées aux personnes à mobilité réduite (PMR) contraint à des manœuvres complexes et potentiellement dangereuses.
La longueur insuffisante ou l’agencement inapproprié des câbles de recharge exigent des déplacements inconfortables et risquées. L’ergonomie des bornes elle-même pose problème : des écrans tactiles et des terminaux de paiement placés à des hauteurs inaccessibles rendent l’utilisation autonome impossible.
Enfin, le manque d’informations fiables et détaillées sur l’accessibilité des sites de recharge dans les applications et plateformes dédiées accentue la difficulté pour les PSH de planifier leurs déplacements en toute sérénité.
Les avancées réglementaires
L’accessibilité des bornes de recharge est désormais encadrée par l’arrêté du 27 octobre 2023, qui impose des taux minimaux de places accessibles selon le nombre total de places équipées : au moins une place accessible jusqu’à cinq bornes, puis des pourcentages croissants jusqu’à 10 % au-delà de 200 places.
Ces places doivent présenter une surlargeur, un accès facilité au trottoir et à la borne, ainsi qu’une longueur adaptée pour les véhicules équipés de hayons ou pour les utilisateurs de fauteuils roulants.
Une étude du Cerema datant de mars 2024 met en avant quatre critères essentiels pour une accessibilité effective. Il s’agit de l’emplacement de la place de stationnement, l’accès à la borne, l’ergonomie de la borne elle-même (hauteur, commandes, manipulation du câble) et le confort d’usage pour tous les usagers de l’espace public. Les recommandations insistent sur la nécessité d’un espace de manœuvre suffisant, d’une signalétique claire et de dispositifs facilement détectables à la canne.
Initiatives et bonnes pratiques
Certaines collectivités et entreprises prennent des initiatives pour améliorer l’accessibilité des IRVE. À Nantes, les parkings souterrains sont désormais équipés de bornes accessibles, avec ascenseurs et places élargies. Sur le réseau autoroutier, TotalEnergies a commencé à installer des bornes à hauteur réglable et à élargir les voies de circulation sur plusieurs aires, facilitant ainsi l’accès aux conducteurs en fauteuil roulant.
Certaines bornes installées par des opérateurs comme Allego sur des parkings de supermarchés, qui proposent des trottoirs abaissés, un espace de manœuvre plus large et des écrans inclinables.
Des entreprises comme ChargePoint s’engagent également dans cette démarche en développant des bornes de recharge conformes aux normes d’accessibilité et en travaillant avec des experts pour garantir une expérience inclusive.
Des partenariats avec des associations, comme APF France Handicap, permettent également de tester et d’ajuster les installations en fonction des retours d’expérience des usagers.
Face à l’augmentation attendue du nombre d’utilisateurs à mobilité réduite possédant un véhicule électrique, les perspectives s’orientent vers une généralisation progressive de l’accessibilité.









