À quelques mois de l’élection présidentielle, la question du handicap et de l’accessibilité peine à s’imposer dans le débat public. Pourtant, 12 millions de Français sont concernés par le handicap. Handinova fait un premier point d’étape et a décortiqué les « préprogrammes » des principaux candidats, sans aucun ordre identifié, pour bien cerner leurs propositions concrètes en matière d’accessibilité, d’autonomie et d’accompagnement.
Raphaël Glucksmann (Parti Socialiste-Place Publique) : un programme ambitieux pour l’autonomie
Le candidat socialiste propose la création d’un service public de l’autonomie, financé par une réforme de la fiscalité sur les successions et le patrimoine. Cette structure unifierait les dispositifs d’aide à domicile et en établissement.
Raphaël Glucksmann s’engage à porter l’AAH à 1 200 euros mensuels, soit une augmentation significative de plus de 200 euros. Il prévoit également la revalorisation de toutes les prestations liées au handicap, indexées sur l’inflation réelle.
Le PS propose la création d’un statut unique pour les aidants avec des droits à la formation, des trimestres validés pour la retraite et une compensation financière mensuelle de 500 euros pour les aidants à temps plein.
Sur l’école inclusive, le programme prévoit la titularisation de tous les AESH avec une grille salariale revalorisée et alignée sur la catégorie B de la fonction publique. Le candidat s’engage aussi à garantir un accompagnement effectif dès la rentrée scolaire, sans délai.
Jordan Bardella (Rassemblement National) : priorité à la revalorisation de l’AAH
Le candidat du RN place la question financière au centre de son programme handicap. Sa principale mesure consiste à augmenter l’Allocation aux Adultes Handicapés (AAH) de 100 euros par mois, la portant ainsi à environ 1 070 euros. Cette hausse s’inscrit dans une logique de revalorisation du pouvoir d’achat des personnes en situation de handicap.
Le programme prévoit également la défiscalisation totale de l’AAH et des pensions d’invalidité. Jordan Bardella s’engage par ailleurs à maintenir la déconjugalisation de l’AAH, acquise en 2022, pour préserver l’autonomie financière des bénéficiaires.
Sur l’accessibilité, le RN propose de renforcer les sanctions contre les établissements recevant du public (ERP) non conformes aux normes d’accessibilité. Le parti évoque aussi un soutien renforcé aux aidants familiaux, sans détailler de mesures chiffrées précises sur ce volet.
Éric Ciotti (Les Républicains) : un plan axé sur l’emploi et l’école inclusive
Le candidat LR développe un programme centré sur l’insertion professionnelle. Il propose la création d’un « choc de simplification » pour l’embauche des travailleurs handicapés, avec une révision des obligations des entreprises assujetties à la contribution Agefiph.
Éric Ciotti s’engage à doubler le nombre d’accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) sur le quinquennat et à professionnaliser leur statut avec des contrats pérennes et une meilleure rémunération. Il propose également d’instaurer un véritable parcours de formation certifiant pour ces professionnels.
Concernant l’accessibilité numérique, LR prévoit d’imposer aux services publics en ligne une conformité stricte au RGAA (Référentiel Général d’Amélioration de l’Accessibilité) sous peine de sanctions financières.
Édouard Philippe (Horizons-Renaissance) : continuité et renforcement du « choc de simplification »
L’ancien Premier ministre revendique la poursuite des réformes engagées depuis 2017. Son programme met l’accent sur la simplification administrative des démarches MDPH avec la généralisation du « dossier unique » numérique et la réduction des délais de traitement à trois mois maximum.
Édouard Philippe propose la création d’un service public de l’accompagnement humain, unifiant les statuts des auxiliaires de vie, AESH et autres professionnels du secteur. Cette mesure viserait à sécuriser les parcours professionnels et garantir la continuité d’accompagnement.
Sur le volet financier, Renaissance s’engage à poursuivre la revalorisation progressive de l’AAH pour atteindre 1 000 euros nets et à étendre le droit au répit des aidants avec une augmentation du nombre de jours de congé proche aidant indemnisé, passant de 5 à 15 jours par an.
Le programme inclut également un volet accessibilité avec l’objectif d’accessibilité totale des transports publics d’ici 2030, accompagné d’un fonds d’investissement dédié aux collectivités.
Jean-Luc Mélenchon (La France Insoumise) : accessibilité universelle et droits nouveaux
LFI développe un programme global autour du concept d’accessibilité universelle. Le parti propose un plan de mise aux normes obligatoire de tous les ERP sous cinq ans, financé par un fonds public d’aide aux travaux.
Jean-Luc Mélenchon s’engage à porter l’AAH à 1 400 euros, soit le niveau du SMIC revendiqué dans son programme. Il prévoit également la suppression de toute condition de ressources pour les prestations liées au handicap.
Le programme LFI inclut la création d’un droit opposable à la compensation du handicap, permettant aux personnes en situation de handicap d’exiger en justice les aides humaines, techniques ou financières nécessaires à leur autonomie.
Pour les aidants, LFI propose un statut de salarié avec 35 heures rémunérées au SMIC pour ceux qui accompagnent un proche à temps plein. Le parti prévoit aussi l’ouverture de 100 000 places en établissements spécialisés et services d’accompagnement.
Sur l’emploi, le candidat insoumis propose de doubler la contribution Agefiph des entreprises ne respectant pas leur obligation d’emploi de travailleurs handicapés, avec un fléchage des fonds vers l’accompagnement et la formation.
Fabien Roussel (Parti Communiste Français) : services publics et égalité des territoires
Le candidat communiste axe son programme sur le renforcement des services publics dédiés au handicap. Il propose la création de 50 000 postes dans le médico-social sur cinq ans et la fin de la tarification à l’acte dans les établissements.
Fabien Roussel s’engage à garantir l’accessibilité de tous les nouveaux logements sociaux et à imposer des quotas d’accessibilité dans les programmes privés. Il prévoit également un plan national de mise aux normes des écoles et universités.
Le PCF propose une MDPH dans chaque bassin de vie pour réduire les inégalités territoriales et rapprocher les services des usagers. Le parti s’engage aussi à réduire les délais de traitement à un mois maximum.
Pour les professionnels du secteur, le programme prévoit une revalorisation salariale de 300 euros nets pour tous les métiers du soin et de l’accompagnement, avec une formation initiale obligatoire rémunérée.
Éric Zemmour (Reconquête) : un programme minimaliste
Le candidat de Reconquête développe peu le sujet du handicap dans son programme. Les rares mentions concernent le maintien du financement de l’AAH et la « lutte contre la fraude sociale », sans préciser les modalités.
Éric Zemmour évoque la nécessité de « renforcer les structures spécialisées » plutôt que l’inclusion systématique, une position qui tranche avec le consensus actuel sur l’école inclusive. Aucun chiffrage précis n’est disponible sur les mesures annoncées.
David Lisnard (divers droite) : décentralisation et pragmatisme
Le maire de Cannes propose une approche décentralisée avec le transfert de compétences handicap aux régions. Il défend une gestion territoriale des MDPH avec des moyens financiers sanctuarisés et un contrôle de performance.
David Lisnard s’engage à créer un guichet unique handicap dans chaque département, regroupant MDPH, Pôle Emploi et services sociaux. Il prévoit aussi une expérimentation du « budget personnalisé » permettant aux personnes handicapées de choisir librement leurs prestataires d’aide.
Sur l’accessibilité, son programme propose d’assouplir certaines normes pour les petites communes et commerces, tout en maintenant des exigences strictes pour les grands équipements. Cette position suscite des interrogations dans le monde associatif.
Des écarts importants entre les candidats
L’analyse des programmes révèle des divergences notables. Sur le plan financier, les propositions d’augmentation de l’AAH varient de 100 euros (RN) à 430 euros (LFI). Concernant les aidants, seuls PS, LFI et PCF proposent une véritable compensation financière structurée.
La question de l’accessibilité universelle oppose les partisans d’une approche contraignante (LFI, PS, PCF) aux défenseurs d’une adaptation progressive (LR, Lisnard). L’école inclusive fait consensus dans les discours, mais les moyens proposés diffèrent fortement selon les candidats.
Les professionnels du secteur attendent désormais des précisions sur le financement de ces mesures et leur calendrier de mise en œuvre. Les associations de personnes handicapées appellent à un débat approfondi sur ces enjeux, encore trop absents de la campagne médiatique.










