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Trottoirs encombrés : comment sécuriser les cheminements piétons pour les personnes à mobilité réduite

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Les trottoirs encombrés ou innaccessibles sont une véritable plaie pour les personnes en situation de handicap.

Par exemple, cette vidéo de Virginie Dubost publiée avec Brut avait contribué à rendre le sujet visible auprès du grand-public :

 
 
 
 
 
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Vous êtes en fauteuil roulant, vous avancez sur le trottoir, et soudain une camionnette garée à cheval sur le bord vous barre la route. Reste à rebrousser chemin, à chercher un abaissé de trottoir plus loin, ou à rouler sur la chaussée, au milieu des voitures. Pour une personne à mobilité réduite (PMR), ce scénario n’a rien d’exceptionnel. Pour une personne aveugle ou malvoyante, l’obstacle imprévu est tout aussi dangereux : une poubelle, un panneau ou un véhicule suffit à provoquer une chute.

Le cheminement piéton est pourtant encadré par des règles précises. Elles gagnent à être mieux connues, des usagers comme des collectivités.

Ce que dit la règle : un passage libre, large et sans obstacle

Selon la réglementation sur l’accessibilité de la voirie (décret du 21 décembre 2006 et arrêté du 15 janvier 2007), un cheminement accessible doit mesurer au moins 1,40 m de large. Cette largeur peut être réduite à 1,20 m lorsqu’il n’y a ni mur ni obstacle de part et d’autre. Il doit aussi rester dégagé de tout obstacle, et les éléments en saillie de plus de 15 cm situés à moins de 2,20 m du sol, particulièrement dangereux pour les personnes malvoyantes, doivent être signalés ou prolongés jusqu’au sol (fiche « Cheminements et obstacles » du CFPSAA, mars 2021).





Autrement dit : une voiture sur le trottoir, une terrasse qui déborde ou une benne de chantier mal balisée ne sont pas de simples incivilités. Elles privent des personnes de leur droit à circuler.

Stationnement gênant : ce que risque le conducteur

Se garer sur un trottoir, un passage piéton ou une place réservée aux personnes handicapées relève du stationnement très gênant, une contravention de 4e classe de 135 €. Elle n’entraîne pas de retrait de points, mais le véhicule peut être mis en fourrière lorsque les forces de l’ordre l’ordonnent. La sanction existe donc, mais elle est rarement dissuasive à elle seule : beaucoup de conducteurs pensent « j’en ai pour deux minutes », sans mesurer la situation de celui qui ne peut pas passer.

Le balisage, première réponse aux obstacles temporaires

Chantier, déménagement, livraison, marché : l’espace public est en permanence occupé de façon provisoire. Un balisage correct garantit que ces occupations ne coupent pas le cheminement. Concrètement :

  • maintenir un passage libre d’au moins 1,40 m, ou 1,20 m à défaut ;
  • proposer un itinéraire de contournement accessible et clairement indiqué quand le trottoir doit être fermé, plutôt que de renvoyer les piétons sur la chaussée ;
  • rendre les obstacles détectables : un élément en saillie doit être prolongé jusqu’au sol ou signalé par un élément bas, à 40 cm maximum du sol, que la canne d’une personne aveugle peut repérer ;
  • éviter les revêtements glissants ou instables (plaques, passerelles provisoires) qui deviennent un piège pour un fauteuil.

Les bornes : empêcher le stationnement sauvage

Quand le problème est chronique (un trottoir étroit sur lequel les voitures montent systématiquement, un passage piéton régulièrement bloqué), le balisage ne suffit plus : il faut empêcher physiquement le stationnement. C’est le rôle des bornes et potelets. Les bornes en béton sont l’une des solutions utilisées par les communes : massives, durables, elles dissuadent efficacement les automobilistes de s’arrêter sur des espaces de vie piétonne.





Mais elles ne sont pas anodines. Mal placées, elles deviennent elles-mêmes un obstacle : un potelet trop discret ou trop proche d’un autre peut piéger une personne en fauteuil ou provoquer une collision avec une personne malvoyante. La réglementation ne rend pas leur pose obligatoire, mais fixe des règles dès qu’on en installe sur un cheminement (arrêté du 18 septembre 2012, selon le CFPSAA) :

  • une hauteur minimale de 50 cm, pour qu’elles soient détectées à la canne ;
  • une largeur suffisante à la base : 28 cm au minimum pour une borne de 50 cm de haut, la dimension requise diminuant quand la hauteur augmente ;
  • un contraste visuel : une bande contrastée d’au moins 10 cm de haut, entre 1,20 m et 1,40 m du sol, pour se repérer facilement, y compris avec une basse vision ;

À cela s’ajoute une évidence de bon sens : l’implantation ne doit pas réduire le cheminement sous la largeur minimale, faute de quoi la borne crée le problème qu’elle devait résoudre.

Le CFPSAA rappelle aussi que les potelets sont inutiles quand le trottoir est surélevé et que, sur voirie existante, on peut les prioriser lors des renouvellements, notamment aux traversées piétonnes.

Et au quotidien, que faire ?

Les solutions durables passent par les collectivités, mais chacun peut agir :

  1. Signaler les points noirs à la mairie ou à l’intercommunalité, avec une photo et une adresse précise : les services voirie ne voient pas tout.
  2. Demander un diagnostic du cheminement sur les trajets du quotidien (domicile, école, commerces, arrêts de transport) : une commune peut intégrer le problème à ses plans d’accessibilité.
  3. Alerter la police municipale en cas de stationnement répété, plutôt que de s’en accommoder.
  4. Associer les associations de personnes handicapées aux choix d’aménagement : l’avis de ceux qui empruntent ces trottoirs chaque jour vaut tous les diagnostics.

Un trottoir libre, large et lisible n’est pas un luxe réservé à quelques-uns : il sert aussi aux parents avec poussette, aux personnes âgées, aux enfants. Sécuriser les cheminements, c’est une affaire de règles, de matériel bien choisi, et de respect, trois leviers qui fonctionnent mieux ensemble.





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