Un nouveau rapport parlementaire met en lumière les défaillances criantes des politiques publiques en matière de santé mentale et de handicap.
Pointant une « hausse spectaculaire » des tentatives de suicide chez les jeunes filles et un dispositif « Mon soutien psy » jugé inefficace, le député Sébastien Saint-Pasteur appelle à une « vraie culture de l’étude d’impact » face à une situation « alarmante » dont le coût pour la société est colossal.
La sonnette d’alarme retentit avec force. La commission d’enquête sur les politiques publiques de prise en charge de la santé mentale et du handicap, menée par le député socialiste Sébastien Saint-Pasteur, a rendu ses conclusions ce mercredi 17 décembre. Le rapport, dont LCP a eu la primeur, dépeint un tableau préoccupant de la santé mentale en France, particulièrement chez les jeunes, et critique ouvertement l’action des pouvoirs publics, jugée non pas « à la hauteur » d’une « catastrophe annoncée ».
Une jeunesse en détresse et des aînés « invisibilisés »
Le rapport de près de 300 pages ne mâche pas ses mots : la santé mentale en France serait dans un « état alarmant ».
Sébastien Saint-Pasteur cite des chiffres qui interpellent : l’incidence des épisodes dépressifs caractérisés sur douze mois est passée de 7,9% en 2005 à 13,3% en 2021 pour les 18-85 ans. Ce chiffre atteint même 20,8% chez les 18-24 ans. Plus grave encore, « le taux brut de décès par suicide avant 24 ans a progressé de 18% entre 2019 et 2022 ».
Un des constats les plus frappants est la « hausse spectaculaire » des tentatives de suicide chez les jeunes filles. Le député attribue ce phénomène à des facteurs multiples, allant de l’impact de la pandémie de Covid-19 à l’exposition croissante aux réseaux sociaux, en passant par une « projection dans l’avenir qui n’est pas particulièrement radieuse ».
Les personnes âgées ne sont pas épargnées. Le rapport souligne que les 85-94 ans affichent un taux de suicide trois fois supérieur à la moyenne nationale, une réalité « invisibilisée » par un « tabou » persistant, s’interroge le rapporteur.
Des politiques inefficaces et un manque de moyens
Malgré la désignation de la santé mentale comme « Grande cause nationale » en 2025 (et de nouveau en 2026), le député Saint-Pasteur déplore « des déclarations d’intentions non suivies d’effet », les professionnels ironisant sur une « grande causerie nationale ». Il pointe des « défaillances criantes » et un « accès aux soins rendu très difficile par le manque de soignants qui est particulièrement marqué en psychiatrie ». Les capacités d’hospitalisation à temps complet ont chuté de 12% en dix ans, tandis que les places à temps partiel stagnent.
Le rapport met en évidence une « relative stabilité » du nombre de psychiatres face à une « hausse brutale » des troubles. Les psychologues, eux, sont « insuffisants » dans le secteur public, souffrant de conditions de travail précaires, d’un manque de reconnaissance et de rémunérations jugées trop faibles.
Le Dispositif « Mon Soutien Psy » Égratigné
Créé pour faciliter l’accès aux soins psychologiques, le dispositif « Mon soutien psy » est vivement critiqué. Selon Sébastien Saint-Pasteur, il souffre d’un « mauvais ciblage ». Bien que 586 858 patients aient bénéficié de 3,1 millions de séances depuis 2022, le rapport questionne son efficacité réelle. « On ne peut pas mesurer l’efficacité d’un dispositif à un nombre de séances », affirme l’élu, qui souligne une moyenne de seulement 4,7 séances par patient.
Plus préoccupant, le dispositif serait majoritairement utilisé par un « public privilégié », alors que « la pauvreté est un facteur aggravant » des troubles mentaux. De plus, seulement 27,6% des psychologues libéraux y participent, et y consacrent une « part très minoritaire » de leur activité. Pour le syndicat national des psychologues, il s’agit d’un « dispositif de saupoudrage et de communication ».
Un coût pour la société supérieur aux cancers
Au-delà des drames humains, la dégradation de la santé mentale représente un fardeau économique considérable. Les dépenses liées aux pathologies psychiatriques ont atteint 19,5 milliards d’euros en 2023, auxquelles s’ajoutent 8,3 milliards pour les traitements psychotropes, soit un total de 27,8 milliards d’euros. Ces coûts ont bondi de 22,5% entre 2019 et 2023.
La santé mentale se positionne ainsi comme la deuxième catégorie de pathologie la plus coûteuse pour l’Assurance maladie, devant les cancers (27 milliards) et juste derrière les maladies cardio-vasculaires (29 milliards). Une étude plus large chiffre même les coûts directs et indirects (y compris perte de productivité et de qualité de vie) à 163 milliards d’euros.
Vers une culture de l’évaluation et de la prévention
Face à ce constat alarmant, Sébastien Saint-Pasteur propose plusieurs mesures, plaidant pour une « approche des coûts évités » et estimant que « l’État dépense mal parfois ». Il recommande notamment :
- La création d’une « agence nationale de l’étude d’impact » avec une « task force dédiée à une évolution profonde et systémique de la question de la santé mentale ».
- Un investissement massif dans la prévention, « notamment à la maternité, à l’école et auprès des personnes âgées ».
- Le déploiement et le renforcement de dispositifs comme le 3114 (numéro national de prévention du suicide) et Nightline (service d’écoute nocturne pour les jeunes).
- L’intégration d’une rubrique « santé mentale » sur des outils comme Pronote pour faciliter l’accès à une plateforme d’assistance pour les jeunes.
Malgré son « scepticisme » quant à la capacité du gouvernement à porter ces politiques, le député espère que 2026, année de la reconduction de la santé mentale comme Grande cause nationale, sera l’occasion de concrétiser ces recommandations.
Sources :
- Rapport de la commission d’enquête « sur les défaillances des politiques publiques de prise en charge de la santé mentale et du handicap » (Déposé le 17 décembre 2025 à l’Assemblée Nationale).
- Article LCP : « Santé mentale : le rapport de la commission d’enquête alerte sur une hausse ‘spectaculaire’ des tentatives de suicide chez les jeunes filles » (Consulté le 17 décembre 2025). [LCP – Assemblée Nationale]. Lien ci-dessus.
- Ministère de la Santé et de la Prévention : Chiffres clés et stratégies nationales de santé mentale.
- Assurance Maladie (Ameli) : Données sur les dépenses de santé.









