Le tout-numérique n’a pas remplacé le papier, loin de là. Un flyer déposé en salle d’attente, une affiche dans le hall d’un établissement, une brochure remise à l’accueil d’une mairie ou d’un ESAT, une signalétique de couloir : ces supports restent des points de contact essentiels, en particulier pour des publics qui n’ont pas toujours un accès simple ou autonome au numérique.
Pour les personnes en situation de handicap visuel, cognitif ou moteur, la façon dont un document imprimé est conçu détermine directement s’il est réellement lu, compris et utile — ou s’il finit ignoré, faute d’être lisible. Voici les leviers concrets à actionner, poste par poste. Au-delà des règles en FALC, des consignes d’accessibilité sont importantes.
Typographie : choisir des caractères qui se lisent vraiment
Le choix de la police n’est pas une question de style avant tout : c’est une question de reconnaissance des formes. Les polices sans empattement (sans-serif), comme Arial, Verdana ou Calibri, sont généralement recommandées pour l’impression accessible, car leurs lettres sont plus simples à distinguer, notamment pour les personnes malvoyantes ou dyslexiques. La taille compte tout autant que la forme : en dessous de 12 points pour un corps de texte courant, la lecture devient difficile pour une partie significative des lecteurs, et ce seuil doit être revu nettement à la hausse pour une affiche destinée à être lue à distance.
Quelques réflexes simples évitent des erreurs fréquentes : privilégier un texte aligné à gauche plutôt que justifié, la justification créant des espaces irréguliers entre les mots qui perturbent la lecture ; réserver les majuscules et l’italique aux titres courts, jamais à des paragraphes entiers, car ces graphies ralentissent la reconnaissance des mots ; et laisser un interlignage suffisamment généreux, qui aide autant les yeux fatigables que les lecteurs ayant des troubles de l’attention.
Contraste : la base de toute lisibilité
Un texte bien choisi mais mal contrasté reste illisible. La règle de base : un texte foncé sur fond clair (ou l’inverse) offre toujours une meilleure lisibilité qu’une superposition de tons proches, aussi esthétique soit-elle sur une charte graphique. C’est un principe suffisamment reconnu pour avoir été traduit en obligation réglementaire dans un autre domaine très proche, celui de la signalétique des établissements recevant du public : la réglementation impose un contraste visuel d’au moins 70 % entre le texte et son support pour les plaques et panneaux d’information. Ce repère, pensé à l’origine pour les personnes malvoyantes, reste un excellent étalon à appliquer à n’importe quel support imprimé, flyer ou brochure compris.
Autre point trop souvent négligé : ne jamais faire reposer la compréhension d’une information uniquement sur la couleur. Environ un homme sur douze présente une forme de daltonisme : un code couleur seul, sans texte, forme ou pictogramme associé, laisse une partie du public sans information.
Le choix du papier fait aussi partie intégrante de l’équation. Un papier glacé ou trop brillant génère des reflets qui gênent la lecture sous certains éclairages, en particulier pour les personnes malvoyantes, tandis qu’un grammage trop faible laisse transparaître le texte de la page suivante et réduit d’autant le contraste perçu. D’après Imprimerie à Réaction, le choix d’un papier mat, d’un contraste suffisamment marqué et d’une mise en page aérée contribue directement à améliorer la lisibilité d’un document imprimé — trois décisions qui se prennent d’ailleurs dès la conception graphique, avant même l’impression, pour éviter les mauvaises surprises une fois le tirage lancé.
Mise en page : aérer pour que l’œil s’y retrouve
Une mise en page surchargée fatigue tous les lecteurs, mais elle peut rendre un document totalement inutilisable pour une personne présentant des troubles cognitifs, un trouble de l’attention ou une déficience visuelle partielle. L’objectif est de donner à l’œil des repères clairs : une hiérarchie visuelle nette entre titres, sous-titres et texte courant, des marges généreuses, et surtout, une seule idée principale par bloc ou par paragraphe plutôt qu’un empilement d’informations denses. Les colonnes multiples, fréquentes sur les brochures, doivent être maniées avec prudence : elles obligent l’œil à des allers-retours qui peuvent désorienter un lecteur ayant des difficultés de repérage spatial.
Ce principe de clarté rejoint directement une autre bonne pratique, complémentaire à la mise en page : le langage utilisé. Des phrases courtes, un vocabulaire concret plutôt qu’administratif, une information par phrase — les mêmes principes qui structurent les documents en Facile à Lire et à Comprendre (FALC) s’appliquent tout aussi bien à un flyer classique, sans qu’il soit nécessaire de produire une version FALC séparée pour en tirer les bénéfices.
QR codes : une passerelle vers d’autres formats, pas une solution unique
Le QR code est devenu un outil précieux pour prolonger un support imprimé vers un contenu numérique accessible : une version audio du texte, une traduction en langue des signes, une page web avec police agrandissable, ou tout simplement une version plus détaillée que ce que le format papier permet. Mais son usage impose deux précautions. D’abord, le code doit être imprimé suffisamment grand et suffisamment contrasté pour être scanné facilement, jamais relégué dans un coin trop petit ou trop clair. Ensuite, et c’est le point le plus important : un QR code ne doit jamais être le seul canal d’accès à une information essentielle, car toutes les personnes ne disposent pas d’un smartphone, d’une connexion de données, ou de l’aisance numérique nécessaire pour l’utiliser. L’information clé doit rester lisible directement sur le support papier, le QR code venant enrichir plutôt que remplacer.
C’est aussi sur ce terrain que les techniques d’impression modernes ouvrent des possibilités intéressantes. Comme l’explique le média Nouvelles-Technologies.eu, les technologies d’impression numérique facilitent la fabrication de petites séries et de plusieurs versions d’un même document. Concrètement, cela veut dire qu’il devient possible, pour un coût raisonnable, de produire plusieurs variantes d’une même brochure — une version en gros caractères, une version à contraste renforcé, une version accompagnée de pictogrammes supplémentaires — sans avoir à commander un tirage unique figé en une seule mise en forme. Une petite bibliothèque de versions adaptées, plutôt qu’un seul format universel imparfait pour tous.
Signalétique : un cadre réglementaire à connaître
Pour les établissements recevant du public, la signalétique physique répond à des règles précises, issues de la loi du 11 février 2005 et précisées par les arrêtés du 8 décembre 2014 (bâtiments existants) et du 20 avril 2017 (constructions neuves), ainsi que par la norme NF P98-351.
Au-delà du contraste de 70 % déjà évoqué, ces textes encadrent la taille des caractères selon la distance de lecture — une hauteur minimale de 15 mm pour une orientation générale lisible à 3 mètres, bien davantage pour une dénomination visible depuis la façade d’un bâtiment — ainsi que la présence de braille et de relief sur les plaques d’information permanentes, positionnées à une hauteur comprise entre 90 cm et 1,30 m du sol pour rester accessibles à la lecture tactile.
Ces obligations, pensées pour la signalétique fixe, sont un rappel utile même pour des supports imprimés temporaires : les mêmes principes de contraste et de taille de caractères y gagnent tout autant en pertinence.
Sources : Imprimerie à Réaction ; Nouvelles-Technologies.eu ; loi n° 2005-102 du 11 février 2005 ; arrêtés du 8 décembre 2014 et du 20 avril 2017 relatifs à l’accessibilité des ERP ; norme NF P98-351.









