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Découvrir le syndrome de Rett

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Le syndrome de Rett représente une maladie génétique rare qui touche principalement les filles et provoque des troubles neurologiques sévères. Identifiée en 1966 par le pédiatre autrichien Andreas Rett, cette pathologie reste méconnue du grand public malgré son impact considérable sur les familles concernées. En France, environ 40 naissances par an sont concernées, soit une prévalence estimée entre 1 pour 10 000 et 1 pour 15 000 naissances féminines.

Comprendre le syndrome de Rett

Une mutation génétique spécifique

Le syndrome de Rett résulte dans 95% des cas d’une mutation du gène MECP2, situé sur le chromosome X. Cette mutation survient de manière spontanée et aléatoire, sans facteur héréditaire identifié dans la majorité des situations. Les garçons porteurs de cette mutation décèdent généralement in utero ou dans les premiers mois de vie, expliquant pourquoi la maladie affecte quasi exclusivement les filles.

La protéine MECP2 joue un rôle essentiel dans le développement et le fonctionnement des neurones. Son dysfonctionnement entraîne une perturbation progressive de l’architecture cérébrale, particulièrement visible après les premiers mois de développement apparemment normal.

Les phases d’évolution de la maladie

Le syndrome de Rett suit généralement quatre stades distincts. Le développement de l’enfant apparaît normal jusqu’à 6 à 18 mois. Puis débute une phase de régression rapide entre 1 et 4 ans, marquée par la perte des capacités acquises : langage, usage volontaire des mains, interactions sociales.





La troisième phase, dite de stabilisation, peut durer plusieurs années voire décennies. Les symptômes se stabilisent mais persistent. Enfin, la phase de détérioration motrice tardive se caractérise par une réduction de la mobilité, une scoliose progressive et des troubles orthopédiques.

Les manifestations du handicap

Des symptômes moteurs caractéristiques

Les personnes atteintes du syndrome de Rett présentent des mouvements stéréotypés des mains particulièrement reconnaissables : torsions, frottements, portage à la bouche de façon répétitive. Ces gestes involontaires remplacent l’usage fonctionnel des mains, rendant impossible la préhension volontaire d’objets.

La marche est souvent acquise de manière instable, avec une démarche ataxique. De nombreuses personnes perdent cette capacité avec le temps et nécessitent un fauteuil roulant. Les troubles de la coordination affectent également l’équilibre et les mouvements du tronc.

Des troubles respiratoires et épileptiques

Les anomalies respiratoires constituent une particularité du syndrome : hyperventilation, apnées, blocages respiratoires surviennent principalement durant les phases d’éveil. Ces troubles peuvent générer de l’anxiété chez l’entourage mais sont rarement dangereux.

L’épilepsie touche environ 80% des personnes atteintes, avec des formes variables en intensité et en fréquence. Les crises convulsives nécessitent un suivi neurologique régulier et un traitement adapté.

Communication et interactions

Malgré la perte du langage verbal, les personnes porteuses du syndrome de Rett conservent leurs capacités de compréhension et leur désir d’interaction. Le contact visuel reste souvent préservé et constitue un mode de communication privilégié. De nombreuses familles rapportent une vie émotionnelle riche, avec des manifestations de joie, de tristesse ou de frustration.





Les outils de communication alternative et augmentée, notamment le suivi du regard par ordinateur, permettent à certaines personnes d’exprimer leurs choix et leurs besoins. Ces dispositifs nécessitent un accompagnement spécialisé pour être pleinement exploités.

Diagnostic et prise en charge médicale

Un diagnostic complexifié par la période de développement normal

Le diagnostic repose sur l’observation clinique des symptômes caractéristiques et la confirmation génétique par analyse du gène MECP2. La période initiale de développement normal suivie d’une régression oriente les médecins, mais le délai diagnostique peut atteindre plusieurs mois.

Les critères diagnostiques incluent la perte des compétences manuelles acquises, l’apparition de mouvements stéréotypés des mains, les troubles de la communication et de la marche. L’imagerie cérébrale montre généralement un ralentissement de la croissance du périmètre crânien après 6 mois.

Une approche pluridisciplinaire nécessaire

La prise en charge médicale associe plusieurs spécialités. Le suivi neurologique assure la gestion de l’épilepsie et l’évaluation des troubles cognitifs. L’orthopédie surveille l’évolution de la scoliose, fréquente et parfois sévère, pouvant nécessiter un corset ou une intervention chirurgicale.

La kinésithérapie et l’ergothérapie maintiennent les capacités motrices et préviennent les rétractions musculaires. L’orthophonie travaille sur la déglutition et les troubles de l’oralité, fréquents et pouvant compliquer l’alimentation.





Les troubles digestifs, notamment la constipation et le reflux gastro-œsophagien, requièrent une attention particulière. Certaines personnes nécessitent une gastrostomie pour assurer une nutrition suffisante.

La situation en France

Reconnaissance et droits

Le syndrome de Rett figure sur la liste des affections de longue durée, permettant la prise en charge à 100% des soins liés à la pathologie. Les familles peuvent solliciter la Maison Départementale des Personnes Handicapées pour obtenir une reconnaissance du handicap et l’attribution de l’Allocation d’Éducation de l’Enfant Handicapé (AEEH) avec ses compléments.

La Prestation de Compensation du Handicap (PCH) finance les aides humaines, techniques et les aménagements du logement. L’Allocation Adulte Handicapé (AAH) prend le relais à la majorité pour les personnes dont le taux d’incapacité atteint 80%.

Scolarisation et accueil en établissement

La scolarisation des enfants atteints du syndrome de Rett s’effectue majoritairement en milieu spécialisé, dans des Instituts Médico-Éducatifs (IME) ou des Unités d’Enseignement Externalisées. Le niveau de handicap rend difficile l’inclusion en milieu ordinaire, même avec accompagnement.

Les adultes sont accueillis en Maison d’Accueil Spécialisée (MAS) ou en Foyer d’Accueil Médicalisé (FAM), structures proposant un accompagnement médical et éducatif adapté. Les délais d’attente pour obtenir une place restent problématiques dans de nombreux départements, contraignant certaines familles à des maintiens à domicile non choisis.

Le rôle des associations

L’Association Française du Syndrome de Rett (AFSR) fédère les familles depuis 1988. Elle informe sur la maladie, soutient la recherche et défend les droits des personnes atteintes. L’association organise des rencontres annuelles permettant aux familles d’échanger leurs expériences et de rompre l’isolement.





L’AFSR finance également des projets de recherche et participe aux réseaux internationaux dédiés à cette pathologie. Son action contribue à améliorer la visibilité du syndrome auprès des professionnels de santé et du grand public.

Les perspectives de recherche

Des avancées prometteuses

Les recherches actuelles explorent plusieurs pistes thérapeutiques. Des essais cliniques testent des molécules visant à réactiver partiellement le gène MECP2 ou à compenser son dysfonctionnement. Les thérapies géniques font l’objet d’études précliniques encourageantes chez l’animal.

En 2023, plusieurs équipes internationales ont publié des résultats montrant une possible réversibilité partielle des symptômes dans des modèles animaux, ouvrant des perspectives pour de futurs traitements. Ces travaux restent au stade expérimental mais alimentent l’espoir des familles.

L’importance des registres de patients

La constitution de registres nationaux et internationaux permet de mieux comprendre l’évolution naturelle de la maladie et d’identifier des sous-groupes de patients. Ces données facilitent la conception d’essais cliniques et l’évaluation de nouvelles thérapeutiques.

En France, le Centre de Référence des Déficiences Intellectuelles de Causes Rares coordonne le suivi des patients et participe aux réseaux européens de recherche. Cette structuration améliore progressivement la prise en charge et l’accès à l’innovation thérapeutique.

Vivre avec le syndrome de Rett

L’impact sur les familles

L’accompagnement quotidien d’une personne atteinte du syndrome de Rett mobilise l’ensemble de la cellule familiale. Les parents deviennent aidants à temps plein, gérant les soins, les rendez-vous médicaux multiples et les démarches administratives complexes.





Le répit reste difficile à obtenir malgré les dispositifs existants. Les séjours de vacances adaptés demeurent rares et coûteux. Les fratries sont également impactées, nécessitant une attention particulière pour préserver leur équilibre.

Des moments de joie malgré le handicap

Les témoignages de familles soulignent régulièrement la capacité des personnes atteintes à exprimer leur personnalité et à partager des moments de complicité. La musicothérapie, l’équithérapie ou les activités sensorielles procurent souvent du bien-être et favorisent l’expression émotionnelle.

Le maintien d’une vie sociale, même adaptée, contribue à la qualité de vie des personnes et de leur entourage. Les progrès des technologies d’assistance ouvrent de nouvelles possibilités d’autonomie et de communication.

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