Une perception peu claire, établie de longue date suggère que le trouble du spectre de l’autisme (TSA) serait nettement plus fréquent chez les garçons que chez les filles. Une donnée à prendre avec beaucoup de précautions, comme toute généralisation sur ces sujets.
Cependant, une étude approfondie menée en Suède, publiée dans la prestigieuse revue The BMJ en février 2026, remet en question cette idée, en analysant les données de diagnostic sur près de quatre décennies. Ces résultats indiquent que la prévalence de l’autisme pourrait être équivalente entre les genres à l’âge adulte, mais avec des parcours diagnostiques différents.
Les découvertes de l’étude suédoise
Les chercheurs ont examiné les taux de diagnostic de l’autisme pour plus de 2,7 millions d’individus nés en Suède entre 1985 et 2022. Ces données provenaient du registre national de santé suédois, permettant une analyse longitudinale sur une vaste population.
Les conclusions principales de cette étude sont les suivantes :
- À l’âge de 20 ans, la probabilité d’avoir reçu un diagnostic d’autisme était presque similaire chez les hommes et les femmes.
- Le ratio hommes/femmes pour le TSA a diminué au fil du temps et avec l’augmentation de l’âge au diagnostic.
- Les projections suggèrent que ce ratio pourrait atteindre la parité à l’âge de 20 ans d’ici 2024 en Suède.
Ces informations défient la compréhension traditionnelle, souvent basée sur des diagnostics majoritairement masculins, et invitent à reconsidérer l’épidémiologie du TSA.
Une différence notable dans l’âge du diagnostic
L’étude révèle que la principale distinction entre les genres réside dans le moment où le diagnostic est posé. Les garçons sont plus souvent identifiés pendant l’enfance, avec un pic des taux de diagnostic entre 10 et 14 ans. Pour les filles, le taux de prévalence rattrape celui des garçons durant l’adolescence, atteignant son maximum entre 15 et 19 ans.
Citation :
Les résultats indiquent que le ratio hommes/femmes pour le TSA a diminué au fil du temps et avec l’augmentation de l’âge au diagnostic. Ce ratio hommes/femmes pourrait donc être considérablement plus bas que ce qui était précédemment estimé, au point qu’en Suède, il pourrait ne plus être différenciable à l’âge adulte.
Cette observation souligne une problématique majeure : le diagnostic tardif chez les femmes et les filles, qui les prive potentiellement d’un soutien adapté pendant des années.
Comprendre le décalage diagnostique chez les femmes
Plusieurs facteurs sont évoqués pour expliquer pourquoi les filles et les femmes reçoivent un diagnostic d’autisme plus tardivement.
Le masquage et les compétences sociales
Jorge Aguado, psychologue clinicien à l’Université de Barcelone, non impliqué dans cette recherche, souligne que les filles peuvent développer de meilleures compétences sociales et un langage plus élaboré pendant leur jeunesse. Ces adaptations peuvent masquer les signes d’autisme, rendant la détection plus difficile. Un « déclin social » peut survenir à la puberté, lorsque les attentes sociales deviennent plus complexes, rendant les stratégies de masquage plus difficiles à maintenir.
Les erreurs de diagnostic et les biais cliniques
Caroline Fyfe de l’Institut Karolinska en Suède et ses collègues soulignent le besoin d’investigation sur ces retards de diagnostic. Anne Cary, défenseuse des patients, mentionne que les femmes autistes sont fréquemment diagnostiquées à tort avec d’autres conditions psychiatriques. Elle met en avant la nécessité pour ces femmes de défendre leur propre cause afin d’être reconnues et traitées de manière appropriée en tant que personnes autistes.
Elles sont contraintes de s’auto-défendre pour être vues et traitées de manière appropriée : comme des patientes autistes, tout aussi autistes que leurs homologues masculins.
Les attentes sociales et les biais cliniques influencent également ce phénomène. Les critères de diagnostic, historiquement basés sur des profils masculins, peuvent rendre les manifestations féminines de l’autisme moins reconnaissables par les professionnels de la santé.
Vers une identification et un soutien plus équitables
L’étude, menée par Caroline Fyfe et ses collègues de l’Institut Karolinska en Suède, met en lumière un besoin d’investigation approfondie sur les raisons de ce diagnostic tardif chez les femmes. Ces découvertes incitent à une réévaluation des pratiques de dépistage et de diagnostic.
Jorge Aguado préconise d’adapter les interventions pour assurer une identification plus équitable et un soutien clinique et éducatif plus rapide et efficace pour les filles et les adolescentes. Reconnaître l’autisme de manière précoce et précise, quel que soit le genre, est essentiel pour offrir des accompagnements personnalisés et améliorer la qualité de vie des personnes autistes.










