Nous avons le plaisir de donner la parole à Thibaut de Martimprey, responsable accessibilité Bourges 2028 et directeur du campus Louis Braille à Paris.
Handinova (ex-Handirect) : La ville de Bourges a été désignée capitale européenne de la culture pour 2028 ? Qu’est-ce l’événement représente pour la ville et sa région ?
“C’est une opportunité de pouvoir faire connaître toute la richesse culturelle de Bourges et du territoire”
Bourges 2028, c’est l’opportunité de présenter et donner la possibilité à des artistes de créer des œuvres originales, voire même d’adopter une approche complètement nouvelle autour de la transition écologique et du bas carbone. Elle a une dimension importante dans toute la candidature et sera présente en 2028 dans le programme, à travers les différentes expositions qui vont être proposées.
La région Centre-Val de Loire, qui fait partie de la « diagonale du vide », a perdu beaucoup de sa population depuis quelques années. C’est justement l’occasion d’utiliser la ville et sa culture pour améliorer l’attractivité du territoire, développer la cohésion et le vivre ensemble.
C’est l’enjeu aussi que la culture puisse aussi n’être pas cantonnée qu’aux grandes villes et aux établissements les plus connus, mais qu’elle puisse enfin exister sur le territoire et en ruralité.
Quelle place occupe l’inclusion, et notamment l’accessibilité, dans la stratégie culturelle de Bourges 2028 ?
Il y a un vrai engouement qui se développe. Une association, fondée par les collectivités locales la Ville de Bourges, la région Centre-Val de Loire et l’État, dont je suis membre, a été créée pour porter le programme culturel de Bourges 2028.
Une cinquantaine de concepts ont été déposés dans le dossier de candidature. Maintenant, le travail consiste à décliner ces grands projets en exposition concrète ou en spectacle. Pour cela, on va mettre en place un système de cofinancement et de labellisation via des appels à projets pour plusieurs centaines de projets participatifs sur tout le territoire.

En matière d’accessibilité, quels sont les aménagements déjà en place ?
“On ne part pas de zéro”
On a des musées et des bâtiments culturels en région qui ont déjà travaillé la question de l’accessibilité sur plusieurs niveaux. Des choses qui existent également sur le contenu. A la Maison de la Culture de Bourges, des séances en audio description sont proposées pour les personnes malvoyantes, et on va travailler à ce qu’il y en ait davantage.
On ne part pas de zéro. Sur le territoire, on a des bonnes initiatives. L’enjeu, c’est d’embarquer ces bonnes initiatives, d’aller agréger d’autres solutions et d’autres dispositifs. On a monté un comité de co-conception avec les associations du territoire, qui s’est déjà réunies trois fois, de manière à créer l’accessibilité de Bourges 2028 avec les personnes directement concernées.
Quel est le plan d’action dédié à l’accessibilité dans le cadre de Bourges 2028 ? Expliquez-nous les grandes étapes.
“L’ambition de Bourges 2028 est d’atteindre un niveau d’accessibilité le plus ambitieux et le plus élevé possible à tous les niveaux”
J’ai une première phase de mon travail qui a consisté à prendre contact avec tous les acteurs, toutes les parties prenantes, que ce soit les gestionnaires de bâtiments, la ville de Bourges, les collectivités. J’ai sensibilisé mes collègues à la question du handicap, l’agence de communication qui travaille sur Bourges 2028 pour la partie communication digitale.
Au fur et à mesure que les productions se précisent, l’objectif est de travailler avec les commissaires d’exposition et les commissaires artistiques pour anticiper la mise en accessibilité du contenu. On est encore à l’état de conception de contenus, mais l’idée c’est de pouvoir travailler en transversal et pouvoir mettre en commun les besoins. Par exemple le Facile à Lire et à Comprendre (FALC), la Langue des Signes Française (LSF). On va en avoir besoin de tous ces dispositifs.
C’est vraiment important de partir des besoins, parce que ces associations, ces personnes connaissent mieux que personnes nos territoires et les difficultés actuelles. Ce sont les mieux placés pour tester les dispositifs prévus pour 2028 et orienter dès maintenant pour aller vers les meilleurs dispositifs.
Quel est le budget de l’événement et celui dédié à l’accessibilité ?
Le budget global de l’événement s’élève à 46 millions d’euros, à la fois sur l’organisation et la production. Dans ce budget, la partie artistique prend deux tiers du montant et le reste est alloué au fonctionnement global. Le budget dédié à l’accessibilité, quand à lui, est encore en phase de réflexion. L’idée est de savoir comment garantir et couvrir une partie du budget accessibilité, de sorte qu’on assure un niveau d’accessibilité satisfaisant pour l’ensemble du programme.
Une partie de mon travail consiste aussi à aller embarquer des partenaires, notamment des mécènes, des financeurs. Aujourd’hui, les dispositifs avec du son 3D ou des dispositifs de langue des signes française sont plus performants coûteux. Avec l’intervention de mécènes, on aura cette possibilité d’aller le plus loin possible en matière d’accessibilité.
Au final, l’ambition est de faire de Bourges 2028 un lieu d’expérimentation, ou l’on peut tester, prototyper des dispositifs de pointe pour pouvoir ensuite les implanter dans nos territoires, dans d’autres territoires de tailles équivalentes, mais aussi dans d’autres capitales européennes de la culture

En tant que responsable accessibilité de la ville, quels sont les principaux enjeux d’accessibilité que vous identifiez dans le cadre de la préparation de l’événement ?
Dans un premier temps, l’accessibilité des bâtiments et de la voirie. C’est un travail avec les gestionnaires de bâtiments, avec la ville de Bourges, sur les cheminements piétons, pour que tout soit le plus fluide et accessible. On travaille dès maintenant à une signalétique plus claire, qui puisse être utile à tous et en particulier pour les personnes avec des handicaps psychiques.
Le deuxième enjeu tourne autour de l’accessibilité des contenus. Il va nous falloir des moyens budgétaires. Et puis l’enjeu, c’est d’arriver à travailler avec les artistes, les commissaires d’exposition, pour éviter que l’accessibilité soit subie ou à part. Pour cela, on va faire signer dès maintenant aux commissaires d’exposition et aux porteurs de l’appel à projets, des chartes d’engagement sur l’accessibilité. C’est pour l’instant un engagement un peu symbolique, mais c’est très important pour mettre le sujet de l’accessibilité sur le haut de la pile.
De nombreux événements culturels prévus en 2028 à Bourges feront appel au son, à la lumière et à des dispositifs immersifs. Comment la ville envisage-t-elle de prendre en compte les besoins des personnes concernées par des handicaps invisibles ?
On va former tous les personnels à cette situation. On proposera aux personnes qui le souhaitent d’afficher leur handicap sur « des cordons tournesols”, comme ça été le cas pour Paris 2024. Mais également des possibilités de s’asseoir, d’avoir des salles de repos et répondre à tous les besoins qui pourraient être mis en place.
C’est une des solutions pour pouvoir accueillir au mieux les personnes avec des handicaps invisibles, pour pouvoir éviter les situations de quiproquo que ça peut engendrer.
Vous êtes-vous inspiré de l’expérience d’autres villes qui ont été capitale européenne de la Culture, notamment sur la question de l’accessibilité ?
« Globalement on est pas mal au niveau européen »
J’ai eu cinq ou six retours de certaines anciennes capitales européennes de la Culture qui ont des niveaux de maturité sur l’accessibilité vraiment avancés. A l’inverse, on sent bien que certaines villes ont des priorités et qu’elles n’ont pas la structure en place.
Des capitales européennes ont mis l’accent sur tout ce qui concerne le volet de la communication. C’est très important de bien communiquer événement par événement, exposition par exposition, sur le niveau d’accessibilité, sur le volume sonore, les stroboscopes…. Toutes ces choses qui peuvent perturber des personnes épileptiques ou avec des troubles du neurodéveloppement. On va s’en inspirer pour communiquer au mieux avec des pictogrammes et un référentiel clair sur le niveau d’accessibilité.
Au-delà de 2028, quel héritage en matière d’accessibilité espérez-vous que cet événement laissera à la ville de Bourges ?
“L’enjeu c’est de pouvoir démocratiser ces outils d’accessibilité et les rendre disponibles pour tous les établissements culturels”
L’héritage pour la ville de Bourges sera avant tout sur l’accessibilité bâti et urbain, des trottoirs et des bâtiments publics. On va tâcher de s’appuyer sur Bourges 2028 pour faire en sorte que les commerces, les hôtels, la gare, tous les lieux touristiques et les lieux de services, soient mieux accessibles pour 2028 et au-delà.
On espère, au-delà de 2028, que Bourges puisse garder un centre d’expertise autour de l’accès à la culture. Que l’on puisse avoir un label accessibilité avec des boîtes à outils et des choses pratiques et prêtes à l’emploi.
On a l’ambition de faire une étude sociologique à la fois sur la perception du handicap avant et après Bourges 2028, en tenant compte du retour des personnes concernées. L’idée est de savoir, à partir de janvier 2029, si Bourges 2028 aura laissé une trace sur le territoire et comment sera Bourges en 2030, 2032 , 2035…










