C’est une question que tous les usagers et professionnels se posent.
Depuis le 1er décembre 2025, tous les fauteuils roulants sont intégralement pris en charge par l’Assurance maladie. Mais ce remboursement a-t-il entrainé une hausse des tarifs, fabricants et distributeurs profitant de l’aubaine du remboursement ?
Nous avons posé la question et analysé les pratiques de fabricants et distributeurs pour comprendre l’évolution des pratiques tarifaires depuis la réforme du 1er décembre 2025 sur le remboursement des fauteuils.
Retour sur les conclusions.
Des changements tarifaires avaient été anticipés
Contrairement à une logique de marché libre, les pouvoirs publics ont anticipé le risque inflationniste en instaurant un double verrou tarifaire. Un avis tarifaire, publié en juillet 2025, fixe pour chaque catégorie de produits un tarif de remboursement et un prix limite de vente, négociés avec les industriels et les distributeurs. Ce prix limite est le montant maximal que le distributeur peut facturer pour le produit en vue d’un remboursement par l’Assurance maladie, permettant ainsi de garantir l’absence de reste à charge pour l’usager.
L’intuition que les fabricants auraient automatiquement augmenté leurs prix est contredite par les faits. La réforme a au contraire exercé une pression à la baisse sur les tarifs des fabricants, en échange d’un volume garanti.

Les fabricants, distributeurs ou services photographiés ici le sont pour l’aspect général du salon et non pour argumenter le présent article.
La plupart des tarifs maximum ont fait l’objet de négociations avec les fabricants de fauteuils roulants, les amenant à retravailler leurs produits pour le marché français afin qu’ils correspondent aux exigences financières et techniques de la réforme, entraînant parfois la disparition de certains produits.
« Les prix ont varié. Beaucoup ont baissé, obligés par la catégorisation » alerte le commercial d’un distributeur rencontré sur le salon Handica à Lyon.
Des entreprises du secteur ont alerté sur des prix limites de vente dès l’été 2025 pouvant être jusqu’à 50 % plus bas que les prix antérieurs, avec des taux de marge brute ramenés à 10 %, soulevant des craintes d’une désindustrialisation des fabricants européens et d’une perte drastique de choix pour les personnes en situation de handicap.
En compensation, l’Assurance maladie verse des forfaits de prestations et frais techniques couvrant la livraison, le temps d’essai et l’accompagnement. L’entretien et la réparation sont dotés de forfaits annuels : jusqu’à 260,50 €/an pour les fauteuils manuels et jusqu’à 750,96 €/an pour les fauteuils électriques.
D’autres, non
D’autres changements tarifaires n’avaient pas été anticipés.
Notamment ceux des fauteuils sur lesquels les fabricants réalisent de petites modifications permettant de changer de catégorie, et donc de vendre plus cher.
« Beaucoup ont changé les racks de lumiere avec des feux de route, pour changer de catégorie et donc augmenter leur prix de vente » témoigne le gérant d’un fabricant de fauteuils électriques.
Des fabricants ont renouvelé leur gamme suite à la réforme et ont sorti des fauteuils aux mêmes prix de fabrication mais entrant dans les catégories supérieures, pour bénéficier d’un remboursement au prix fort.
Des tensions de production et de distribution pour les fabricants et les distributeurs
Si les prix sont encadrés réglementairement, plusieurs observateurs signalent une pression inflationniste structurelle plus insidieuse.
Plusieurs observateurs du marché se sont inquiétés d’une possible dérive inflationniste : les fabricants seraient tentés d’augmenter leurs tarifs face à un payeur unique (la Sécurité sociale), moins sensible aux variations de prix que ne l’étaient les particuliers.
Ce sont en particulier les distributeurs qui souffrent le plus de cette situation. Pour certains, leurs marges négociées sur un frais fixe et non sur un pourcentage variable du prix de vente n’ont pas bougé, alors que le fabricant a augmenté ses prix.
Hausse des prix des composants
L’explosion de la demande consécutive à la suppression du reste à charge génère des tensions sur l’ensemble de la filière. Les fabricants doivent adapter leur production à une demande démultipliée, tandis que les distributeurs font face à des problématiques logistiques inédites. Cette situation entraine paradoxalement une hausse des prix des équipements, phénomène déjà observé dans d’autres secteurs suite à des réformes similaires.
Engorgement des dossiers
Il y a aussi un engorgement des demandes et du traitement des dossiers. « On est passé de 3 mois de traitement à 8 mois actuellement » affirme le responsable commercial d’un fabricant français. Le véritable perdant serait-il l’usager, obligé d’attendre plus longtemps ? La généralisation du remboursement a entraîné une hausse des demandes, inévitable.
Difficultés chez les distributeurs
C’est du côté des distributeurs que la situation est la plus critique, et non chez les usagers. En février 2026, les syndicats représentants des prestataires (FEDEPSAD, UNPDM, UPSADI) ont lancé une alerte : plus de 60 % des demandes d’accord préalable adressées aux CPAM sont rejetées, et parmi les 40 % accordées, plus de 40 % font ensuite l’objet d’un refus de paiement. Les entreprises ne sont pas rémunérées mais doivent continuer à régler les commandes, constituer leurs stocks, payer leurs salariés. Cette situation fragilise gravement leur trésorerie et leur pérennité économique.
Le 22 mai 2026, le gouvernement a pris de nouveaux engagements pour la réussite de la réforme, en publiant une instruction ministérielle précisant les modalités opérationnelles des mesures attendues par les acteurs du secteur.
Un responsable d’une association d’accompagnement de personnes en situation de handicap observe que le remboursement aurait pu être limité, en laissant les mutuelles compenser un reste à charge.
« Aujourd’hui, les grands gagnants sont aussi les mutuelles, qui n’ont plus de frais sans avoir eu à baisser leurs cotisations dédiées » prévient-il.
La situation réelle aujourd’hui est donc contrastée, avec des normes, des hausses, des baisses, des entreprises qui en profitent sur la chaine (sous-traitants, mutuelles …) et des usagers qui patientent avec des délais plus longs.










