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« Les gens voient la ligne d’arrivée avant la ligne de départ ». Interview Armand Thoinet

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À la croisée du sport et de l’engagement citoyen, Armand Thoinet incarne une nouvelle génération d’ambassadeurs du handicap. Cet homme de 32 ans, atteint de sclérose en plaque, multiplie les défis sur l’eau, les sentiers et les routes depuis bientôt 10 ans. Fondateur de l’association « Les Défis d’Armand », il porte aujourd’hui la voix de l’inclusion en tant qu’ambassadeur Sport-Santé pour le département de l’Isère.

5 ans après nous avoir accordé une première interview, Armand Thoinet revient sur ses plus beaux moments, les difficultés rencontrées et ses projets extra-sportifs.

Tu t’apprêtes à bientôt fêter tes 10 ans d’aventure. Avec la toute première en 2015, ce demi-tour de Corse en kayak. Quelle est celle qui t’as le plus marquée à ce jour ? 

Je me suis toujours dit que sans la première aventure, la deuxième n’aurait jamais eu lieu.

Toutes mes aventures ont eu un rôle à jouer. Mais l’aventure qui m’a permis de me rendre compte que je pouvais faire de ma passion (le sport) un métier, c’est celle en kayak au pôle Nord (2019).

Elle m’a bouleversée pour son côté « whaouh ». C’était vraiment une aventure à l’autre bout du monde. C’est quelque chose que l’on pouvait juger d’impensable mais j’ai réussi à trouver mon équilibre. Avant je faisais de l’aventure pour de l’aventure et grâce à ça, j’ai compris que ça pouvait devenir mon outil de communication.





Cette excursion au pôle Nord a changé ma manière de voir les choses. Au niveau de l’environnement, c’était très inconfortable. Pareil pour les animaux. On était parti avec un groupe de 11 personnes, je n’étais pas seul.

Tour de Corse en pédalo – Août 2022

J’imagine qu’un projet mûrit et se réfléchit longtemps à l’avance. Comment on s’y prépare psychologiquement et dans la logistique ? 

Sans une bonne préparation, l’aventure ne peut pas être réussie.

La logistique, c’est un travail que j’affectionne tout particulièrement. Il y’a toujours un travail de réflexion à faire à l’avance. Après, tout dépend si je reste en France. C’est plus simple à mettre en place et je rencontre moins de soucis de logistique.

Mon autre travail consiste à trouver un message à transmettre, et de là je réfléchis à une idée d’aventure. Mon but étant de parler à tout le monde. C’est ma manière de me différencier des autres.

“Le chariot de marché », c’est ton nouveau compagnon d’aventure qui te suit partout. Qu’est-ce qu’il contient ?

Il me fallait un objet qui attire l’oeil et la sympathie

C’est la première fois que j’emmène ce chariot de marché avec moi. Je me suis rendu compte, après le tour de Corse en pédalo, que le fait de posséder un objet atypique me rapprochait des gens. Y’a quelques années, j’avais fait une aventure avec une draisienne et l’année dernière j’ai poussé un fauteuil roulant. Et cette année, j’ai mon chariot de marché.





A l’intérieur, je vais mettre un maximum de choses : la tante, le matelas, le réchaud. Toutes ces choses qui sont habituellement dans mon sac à dos. Ce chariot me permet d’éviter d’avoir des charges lourdes sur le dos. En revanche, dans les montées ça ne me facilite pas les choses.

Traversée de la France en Tandem mai 2021 – Crédit photo : Vincent Sauvignon

Quelles sont les difficultés que tu as déjà rencontrées lors d’une aventure ?

Si on ne voit pas de difficultés, on ne part pas en aventure

Ces difficultés sont très variables et dépendent du milieu dans lequel je suis. Au pôle Nord par exemple, on a eu les animaux sauvages (ours polaire), le froid, le jour permanent. Sur des aventures en France, la météo est le facteur principal. Au niveau de la gestion de l’eau, de l’électricité et de la nourriture, ce n’est pas toujours évident. Quand je me perds, je peux retrouver mon chemin facilement avec le téléphone.

En 10 ans d’aventures, j’ai beaucoup appris. Aujourd’hui, tout ce qui me paraissait être une montagne ne l’est plus.

Pour devenir aventurier, le seul moyen c’est de se perdre et de trouver des solutions. On ne devient pas aventurier au bout de la première fois. Avant de me considérer comme tel, il s’est passé 6 ans.





Il t’es déjà arrivé de renoncer à un projet faute d’aménagements accessibles ou de moyens financiers ?

J’ai beaucoup plus appris des aventures que j’ai adaptées de l’idée de départ, de celles où j’ai réussi.

Au début c’était compliqué de trouver des sponsors pour financer mes aventures. Aujourd’hui, cela fait 8 ans que je n’ai plus déboursé le moindre argent.

Des aventures où je ne suis pas allé au bout il y’en a. Tout comme celles où j’ai dû m’adapter pour réussir. La dernière aventure qui m’a valu un arrêt en cours de route remonte à 2018. Et le plus important pour moi était de réussir à analyser la raison, pour m’améliorer et rebondir.

La période de Covid a également été un grand frein mais je m’en suis servi pour adapter mes besoins. J’ai aménagé des défis d’entraînements à la maison. Au lendemain du déconfinement, je suis tout de suite reparti à l’aventure. J’avais besoin de cet exutoire.

Avec le recul, le plus grand frein dans ma vie, c’est la maladie. Quand je suis à l’hôpital, je ne peux pas faire grand chose.

Conférence TEDxKEDGEBS – Mars’eyes

En dehors du sport, tu fais du théâtre. Tu es également conférencier dans des écoles, en entreprise ou dans des associations. Tu as fait plusieurs films, dont un qui a été sélectionné au festival 2025 de Saint-Etienne. En quoi c’est important pour toi de sensibiliser à la maladie de la sclérose en plaque par tous ces biais ? 

Au départ, je voulais sensibiliser à la maladie directement en parlant. Je me suis rendu compte qu’une fois que j’en avais parlé, il manquait quelque chose. Ce que je voulais, c’est parler au gens directement dans leur vie. Tout le monde a des maladies, des problèmes à gérer.





En parlant des différences et des problèmes de manière générale, j’ai compris que ça parlait aux gens. Aujourd’hui, mon but est de faire le lien entre ma vie de malade, d’aventurier et celle de tout le monde.

Les messages que j’essayent de faire passer font écho auprès des collèges, lycées et les associations qui n’hésitent pas à me solliciter pour faire des interventions. Je n’ai pas besoin de faire de démarchage.

Pour revenir sur ce goût de la caméra et des films. Raconte-nous la genèse du film « Curieux voyageur » ?

A la fin de l’année 2022, je rencontre le producteur Benjamin Laurent qui a monté le média « Cortex ». Il me fait part de son intérêt pour mon histoire personnelle. Naturellement, on s’est dit qu’il fallait qu’on réussisse à faire un film ensemble.

De mon côté, j’avais déjà l’idée en tête d’assister à la coupe du monde de rugby (2023) avec une draisienne. On a trouvé des partenaires pour financer le film. Je suis parti en draisienne, du stade de rugby dans lequel je jouais quand j’étais jeune, dans le but d’assister au match d’ouverture de la coupe du monde de rugby au stade de France, à Saint-Denis. Je n’avais aucun billet pour le match. Au milieu de l’aventure, le président de la Fédération Française de Rugby (FFR) a entendu parler de moi et a décidé de m’inviter.





J’ai pu vivre un de mes rêves. A l’inverse, je ne l’aurai jamais considéré comme un échec de ne pas avoir réussi à le vivre. Derrière ce film, j’ai souhaité faire passer plusieurs messages et les gens l’ont compris. Le meilleur moyen d’y arriver c’est d’oser se lancer et faire le premier pas.

Finalement, je me suis livré d’une manière inédite. J’ai pris beaucoup de recul sur moi et j’étais prêt à le faire. Cinq ans en arrière, c’était inenvisageable.

Londres-Paris en poussant un fauteuil roulant – Août 2024

Quelles sont les prochaines actualités à venir te concernant ?

Un choix, même le plus minime, peut nous conduire à une destinée voire son opposé

Une fois que j’avais fini mon aventure pour les Jeux Olympiques et Paralympiques, je me suis retrouvé sans réelles idées. C’était presque un retour en arrière. Il a fallu trouver un message à transmettre, corrélé à une aventure.

Je me lance dans une nouvelle aventure pour fêter les 10 ans. J’ai pour ambition de parcourir 1500 kilomètres de marche, avec mon chariot, sur la ligne de partage des eaux. Une ligne théorique que beaucoup de gens ne connaissent pas. Pourtant elle existe vraiment. Elle délimite un territoire en deux bassins : si l’eau tombe à gauche de cette ligne, elle tombe en Méditerranée. A droite, elle finit dans l’océan.

En 10 ans, j’ai sensibilisé un peu plus de 55 000 personnes. L’idée est de continuer à faire perdurer ce travail et continuer mon petit bout de chemin. J’ai reversé à ce jour 65 000€ dans la recherche pour la maladie de la sclérose en plaques. Ce sont des chiffres qui me portent au quotidien.

Vous pouvez consulter l’interview d’Armand Thoinet au sujet de son rôle d’Ambassadeur de la région Auvergne-Rhône-Alpes.

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