Search
Close this search box.
Handirect devient Handinova, pour mieux refléter nos contenus variés (articles, newsletters, livres, formations, services …)
Search
Close this search box.
Handirect devient Handinova, pour mieux refléter nos contenus variés (articles, newsletters, livres, formations, services …)

Trouver sa voix et travailler son éloquence : au-delà des différences

Écouter cet article

Par Julia Guinamard, à Lyon.

Mercredi 25 juin, à l’Université Lyon 3, six mentorés de l’Arpejeh ont pris la parole lors de la restitution du Programme d’Eloquence. Loin d’un simple exercice oratoire, l’événement a rappelé combien la prise de parole reste à la fois un défi et un levier d’inclusion.

« La préfète va faire un discours. » L’annonce glissée avant le début de la restitution publique fait sursauter Mickaël. « La préfète ! » répète-t-il. Il se raidit légèrement, jette un regard vers la salle de l’Université Lyon 3 qui se remplit. À l’origine de l’information, Malick Ndiaye, directeur du programme d’Eloquence, tente de le rassurer.

Une quarantaine de personnes se sont déplacées ce 25 juin pour la restitution publique du Programme d’Eloquence, porté par l’Arpejeh et l’association L’Éloquence de la différence. Face à cette assemblée, Mickaël n’est pas le seul à avoir une appréhension. L’un des orateurs du jour, Malik, a d’ailleurs préféré confier la lecture de son texte à une amie. Prendre la parole, c’est s’exposer. Et, pour celles et ceux dont le handicap rend la communication plus difficile, c’est aussi un acte de courage.

Les participants au Programme

Communiquer pour « trouver du travail ou tomber amoureux »

« Chaque jour de notre vie, nous sommes amenés à communiquer et pour cela nous avons besoin de mots et de notre corps aussi. […] Nous n’avons pas tous ces compétences de manière égale. […] Déjà que la chose est très compliquée pour le commun des mortels, mais alors lorsque l’on porte un handicap c’est terrifiant », a expliqué Karine, lauréate du concours Tous Eloquents, qui a prononcé le discours de clôture de la restitution.





Une peur qu’il faut apprendre à dépasser. S’exprimer en public, convaincre un interlocuteur, raconter son parcours sont des situations incontournables de la vie quotidienne. « Que ce soit pour trouver un travail ou pour tomber amoureux, on a besoin d’échanger avec l’autre », soutient Malik Ndiaye. Toutefois, encore faut-il se sentir légitime à le faire. « La confiance en soi est souvent fragilisée par des parcours en dents de scie, avec des périodes compliquées. Notre premier travail est d’aider les participants au programme à se sentir légitime et à s’affirmer. »

Lui-même bègue, Malick Ndiaye sait combien la parole peut être un combat. Le programme qu’il dirige se présente ainsi avant tout comme un outil d’affirmation de soi. Pour guider les mentorés, il a d’abord travaillé sur des piliers fondamentaux de la communication : l’ancrage du regard, la posture et la voix.

A chaque personne sa boîte à outils et sa solution

Au-delà de ces bases communes, les approches sont ensuite personnalisées à chaque participant. « Nous nous adaptons au handicap et au besoin de chacun. » Certains doivent apprendre à structurer leurs idées. D’autres utilisent la méthode FALC (Facile à Lire et à Comprendre) pour simplifier leurs phrases. Pour les participants sourds ou malentendants, le travail porte notamment sur la scénarisation écrite, la syntaxe en langue des signes étant différente du français parlé.

« La solution est à construire avec le concerné. S’exprimer en public est accessible à tous, peu importe le handicap. Cela s’apprend, ce sont des codes à acquérir. » Cette affirmation de Malik Ndiaye est appuyée par Haron, lauréat du concours Tous Eloquents venu pour le discours d’ouverture. Ce dernier incite à cultiver une forme de fierté de soi : « Il faut se créer un égo et arrêter de se dénigrer », soutenant par ailleurs que « le temps fera les choses et le rendra »





Malik Ndiaye ajoute que le fond prime. « Si l’on est sincère et authentique, les gens comprennent le message ». C’est d’ailleurs cette sincérité qui a traversé les discours entendus ce jour-là, entre récits de vie et engagement.

Monde de l’entreprise : des efforts à partager

Derrière cet exercice de prise de parole, il y avait une autre finalité : mieux se préparer au monde professionnel. Une mission sous-jacente au programme. Dans le public, composé notamment d’entreprises partenaires, des CV étaient ainsi répartis sur les chaises.

« Peu importe ce que nos jeunes veulent faire, ils vont avoir besoin de parler d’eux, de leurs besoins et éventuellement de leur handicap », explique Jérémy Arnault, référent mentorat pour l’arpejeh. Qui ajoute : « Préparer un discours tout en étant à l’aise et en répondant aux attentes des entreprises est une stratégie déterminante lors d’un entretien ».

Mais, adapter sa communication ne doit pas être un effort unilatéral. Kevin, l’un des orateurs du jour, en a fait le cœur de son intervention. Ingénieur, il a retracé les difficultés rencontrées dans sa vie professionnelle. « Sur mon CV, il est inscrit que je suis sourd et qu’il faut me contacter par SMS, mais des entreprises m’appellent quand même ! J’ai aussi déjà eu des entretiens annulés suite à mes demandes d’interprète. » 

Kevin dénonce ainsi « un tabou sur l’inclusion », pointant un « handi-washing » persistant dans certaines entreprises, symbolisé à ses yeux par des opérations ponctuelles comme les Duo Day. Son discours a ainsi rappelé que les efforts doivent être partagés. Une remise en perspective bienvenue devant un public majoritairement issu du monde de l’entreprise.





Légende photo : prises le jour de restitution du programme.

Ces articles pourront vous intéresser :

Facebook
Twitter
LinkedIn
E-mail

Commentaires

Inscrivez-vous à nos Newsletters

Flash Info

Inscrivez-vous à nos Newsletters