Nous avons le plaisir de donner la parole à Michael Batrancourt, DRH d’une entreprise aéronautique de 1000 salariés et President d’Hanvol ainsi qu’à Fabienne Cogneau, responsable de la communication chez Hanvol.
Handinova (ex-Handirect) : Quel est le taux d’emploi des personnes en situation de handicap dans l’industrie aéronautique ? Et le taux moyen de salariés bénéficiaires de la RQTH dans l’industrie aéronautique ?
Michaël Batrancourt : Aujourd’hui, dans notre entreprise de 1000 salariés, on est à 6,03 % de personnes en situation de handicap. Quand je suis rentré dans l’entreprise en 2008, on était très loin des 6 %. Et en quinze ans, on est arrivé à plus de 6 %.
L’emploi des personnes en situation de handicap a aussi bénéficié de la culture d’entreprise sur l’inclusion et l’insertion qui ont fait que beaucoup d’entreprises se sont intéressées aux personnes en situation de handicap dans une entreprise. Depuis quinze ans, on y travaille et on y voit que de la valeur ajoutée.
Quels sont les métiers dans le secteur de l’aéronautique ouverts aux personnes en situation de handicap ?
Michaël : Dans notre entreprise, tous les métiers sont ouverts. On recrute des personnes en situation de handicap en production sur des postes de monteurs, des postes d’essayeur, à savoir de l’assemblage de pièces notamment. On a également des personnes en situation de handicap dans les métiers de l’ingénierie et des services supports.
Un des seuls handicaps que l’on n’a pas encore réussi à intégrer, c’est le handicap avec le trouble du spectre autistique. Mais on a déjà fait pas mal de benchmarking pour savoir comment les autres entreprises avaient réussies à le faire.
Quelles formations et dispositifs permettent aux personnes en situation de handicap de se former et d’accéder aux métiers de l’aéronautique ?
Fabienne Cogneau : Chez Hanvol, on a deux systèmes de formations. Le système de POEC (Préparation Opérationnel à l’Emploi Collectif) financé par OPCO 2I et France Travail. On a une trentaine de personnes qui suivent cette pré-formation avec une douzaine à Toulouse, huit à Paris et on vient d’ouvrir en Normandie.
Ce sont des profils de personnes éloignées de l’emploi, pour beaucoup des demandeurs d’emploi en reconversion professionnelle. Derrière cette pré-formation, l’idée est de leur permettre d’améliorer leur base de niveau dans les matières générales et techniques, pour les aider à intégrer une alternance en septembre. Ils sont accompagnés à travers des simulations d’entretiens d’embauche, un travail sur le CV et projet professionnel, en fonction de leurs connaissances et des possibilités qui s’ouvrent à eux. Tout ce dispositif dure 3 mois. Et lorsque l’on considère que chacun d’eux est prêt, ils sont présentés à des entreprises membres d’Hanvol.
En parallèle, on a développé du « coaching individuel » pour les gens qui cherchent à poursuivre des études ou pour ceux qui sont perdus et dans le besoin d’un coup de pouce. L’objectif étant de les aider à retrouver le moral et les conseiller.
Michaël : Une des forces de l’association c’est d’accompagner chaque personne en situation de handicap qui souhaite rejoindre l’association Hanvol, du début à la fin, dans la recherche d’un emploi. Jamais on ne la lâche qui que ce soit.
Ces formations sont-elles accessibles à tout type de handicap (moteurs, sensoriels, invisibles) ?
Michaël : On a une diversité de profils en situation de handicap. En revanche, on ne voit pas beaucoup de personnes en fauteuil roulant. De plus en plus de candidats qui viennent vers nous ,et ceux en entreprise, ont un spectre du handicap qui est celui de la société.
Fabienne : J’ai appris en travaillant pour Hanvol que seulement 5% des personnes en situation de handicap sont en fauteuil. On a déjà eu des gens très malentendants par exemple.
Quels sont les freins que vous remarquez lors du recrutement ou de l’accompagnement des personnes en situation de handicap ?
Là où l’on voit des problèmes, j’en vois des solutions et des axes d’améliorations pour nos entreprises.
Michaël Batrancourt : Beaucoup de candidats qui viennent nous voir n’osent pas aborder leur handicap alors que ça pourrait aider à les intégrer plus facilement. Ils ont peur de ne pas être sélectionnés en raison de leur handicap parce que ça peut tout de suite être vu comme une contrainte. De ce fait, ils préfèrent ne rien dire, de peur de passer à côté d’un emploi.
Le premier réflexe naturel chez un manager c’est la peur et la non connaissance. Malheureusement, on a encore des managers qui pensent comme ça. Il faut faire changer nos cultures pour que les personnes en situation de handicap se sentent dans une entreprise accueillante et bienveillante par rapport à leur situation. Qu’ils aient aussi la possibilité de pouvoir échanger sur les besoins qu’ils ont.
Une chose que j’ai apprise c’est que si une intégration doit se faire correctement, c’est à la fois par le manager mais aussi par l’équipe autour de la personne en situation de handicap. Et je le vois beaucoup avec les personnes « dys ».
Fabienne : Si les entreprises mettent en place des politiques de recrutement, c’est bien parce que les choses ne se font pas naturellement. Le point de départ c’est avant tout une prise de conscience. J’ai l’impression qu’il y a ce qu’il faut dans les entreprises, en terme d’ergonomie. C’est le cas dans celles membres de l’association Hanvol. Maintenant, il faut faire évoluer les mentalités de part et d’autre.
Sur son site internet, Hanvol valorise un taux d’emploi de 70% à la sortie de la POEC et du coaching individuel. Qu’arrive-t-il aux 30% restants ?
Michaël : Ces 30% restants sont mis dans les mains du coaching et on continue à les suivre. Une fois que la Préparation Opérationnel à l’Emploi Collectif (POEC) a été faite, certains sont embauchés à la suite d’une alternance. Quant aux autres, l’association leur propose un accompagnement coaching avec la personne dédiée.
Du moment qu’une personne en situation de handicap intègre le dispositif de coaching, elle est suivie jusqu’à temps qu’elle trouve un emploi. On accompagne et on ne lâche personne. C’est eux qui décident, pour la raison qui leur est propre, de ne plus être accompagné.
Le secteur aéronautique est souvent perçu comme exigeant en termes de capacités physiques et de critères de recrutement. Comment l’association Hanvol tente de déconstruire ce stéréotype pour les personnes en situation de handicap ?
Michaël : L’association Hanvol a été créée par un partenariat entre le GIFAS et 6 grands noms de l’aéronautique dans le but de répondre à un besoin des entreprises aéronautiques. Au départ, c’est la volonté d’intégrer les personnes en situation de handicap dans le domaine.
C’est dommage de se priver de cette richesse de personnes en situation de handicap qui sont au chômage. Elles ont envie de travailler. Avec le dispositif mené par Hanvol, on n’a pas attendu que les candidats arrivent eux-mêmes pour aller les chercher.
Fabienne Cogneau : Le constat de départ était simple : il n’y a pas suffisamment de personnes en situation de handicap sur le marché du travail. Il faut pour cela former les personnes. D’où l’intérêt de cet accompagnement par la Préparation Opérationnel à l’Emploi Collectif (POEC) et l’alternance.










