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AURA grande cause – Spot 1 – PC

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Faire évoluer les pratiques d’inclusion en entreprise : comment l’approche expérientielle peut-elle les renforcer ?

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Cet article est une contribution libre de Steve Weyn, dans le cadre de notre rubrique A vous la parole. Steve est pair-aidant en santé mentale et intervenant en sensibilisation auprès des entreprises.

Les démarches de sensibilisation au handicap en entreprise se sont largement développées ces dernières années. Les formats se diversifient, les outils se structurent, et les organisations disposent aujourd’hui de ressources pour aborder ces enjeux.

Pourtant, les données récentes montrent que les freins persistent. En 2023, le taux de chômage des personnes en situation de handicap s’élève à 12 %*, soit un niveau significativement supérieur à celui de la population générale. Dans le même temps, le taux d’emploi direct dans les entreprises soumises à l’obligation d’emploi des travailleurs handicapés (OETH) atteint 3,6 %**, pour une obligation fixée à 6 %. Enfin, les passerelles entre milieu protégé et milieu ordinaire restent très limitées : moins de 1 % des travailleurs d’ESAT accèdent chaque année à un emploi en milieu ordinaire***.

Ce décalage interroge.

Il invite à dépasser une approche centrée sur les dispositifs pour s’intéresser davantage aux dynamiques humaines à l’œuvre dans les collectifs de travail.

Des approches encore majoritairement descendantes

Les actions de sensibilisation reposent encore souvent sur une logique descendante : transmission d’informations, présentation de situations, apport de cadres de référence.

Ces démarches sont nécessaires. Elles permettent de structurer la compréhension des enjeux et de poser un socle commun.





Mais elles montrent aussi leurs limites.

Dans les situations de travail, les collaborateurs sont confrontés à des réalités complexes, parfois incertaines, qui nécessitent des ajustements concrets.

Comprendre une situation ne signifie pas nécessairement savoir comment y répondre.

Replacer les personnes concernées au cœur du changement

Dans ce contexte, la place des personnes directement concernées par le handicap apparaît comme un levier encore insuffisamment mobilisé.

Qu’il s’agisse de pair aidants, de travailleurs indépendants handicapés (TIH) ou plus largement de salariés concernés, leur expérience constitue une ressource à part entière.

En tant que pair aidant en santé mentale, j’interviens à partir d’un savoir expérientiel. Cette posture modifie sensiblement la manière dont le sujet est abordé dans les entreprises.

Lorsque le handicap est incarné, les échanges évoluent. Les représentations deviennent plus souples, les questions plus directes, et les situations abordées plus concrètes.

On ne parle plus uniquement d’un cadre ou d’une obligation.

On parle d’expériences de travail.

De la sensibilisation à l’appropriation

L’enjeu n’est alors plus seulement de sensibiliser, mais de permettre aux équipes de s’approprier ces sujets.

Cela suppose de créer des conditions dans lesquelles les collaborateurs peuvent :

  • se projeter dans des situations proches de leur réalité professionnelle
  • interroger leurs propres représentations
  • identifier des leviers d’adaptation concrets
  • ajuster leurs pratiques

Dans cette perspective, les approches expérientielles prennent une place particulière.





En s’appuyant sur des mises en situation, des outils d’analyse des représentations ou encore des modèles de compréhension du changement, elles permettent d’articuler plusieurs niveaux :

  • l’expérience vécue
  • la prise de conscience individuelle
  • la réflexion collective
  • la mise en action

Ce type de démarche favorise un ancrage plus durable des évolutions.

Le rôle structurant des échanges entre pairs

Un élément apparaît déterminant dans ces processus : la qualité des échanges entre pairs.

Lorsque les sujets liés au handicap sont abordés dans un cadre où chacun peut partager ses expériences, ses questionnements ou ses hésitations, les discussions gagnent en profondeur.

Ces échanges permettent notamment de :

  • faire émerger les représentations implicites
  • partager des situations concrètes
  • confronter différents points de vue
  • identifier des réponses adaptées au contexte de travail

On ne parle plus uniquement en tant que fonction (RH, manager, salarié), mais en tant que personne.

Ce déplacement est essentiel.

Il permet de faire entrer le sujet du handicap à un niveau plus humain, plus opérationnel, et plus durable.

C’est également dans ces espaces que peut s’installer progressivement une forme de pair aidance au sein même des équipes.

Changer de logique : de l’obligation à la compétence

Le handicap est encore souvent abordé sous l’angle de l’obligation : respect d’un cadre réglementaire, mise en conformité, déploiement de dispositifs.

Si ces éléments restent indispensables, ils ne suffisent pas à transformer les pratiques.





Faire évoluer les organisations suppose un changement de paradigme.

Passer de :

« une logique centrée sur la contrainte », à :

« une logique centrée sur les ressources et les compétences »

Cela implique notamment de reconnaître que certaines situations de handicap peuvent s’accompagner de capacités spécifiques :

  • adaptation rapide à des environnements contraints
  • gestion de situations complexes
  • créativité dans la recherche de solutions
  • lecture fine des interactions de travail

Ces compétences restent encore largement sous-identifiées dans les organisations.

Vers une culture plus intégrée de l’inclusion

Les entreprises qui avancent réellement sur ces sujets sont souvent celles qui parviennent à articuler plusieurs dimensions :

  • des apports structurants
  • des espaces d’expérimentation
  • des temps d’échange entre pairs
  • une reconnaissance des savoirs expérientiels

Cette articulation permet de dépasser une approche ponctuelle pour inscrire l’inclusion dans le fonctionnement quotidien des équipes.

Dans cette dynamique, les personnes concernées ne sont plus uniquement bénéficiaires de dispositifs.

Elles deviennent actrices du changement.

La sensibilisation constitue une étape nécessaire.

Mais elle ne peut être une finalité.

L’enjeu est désormais de permettre aux collectifs de travail de s’approprier ces questions, de les faire vivre dans leurs pratiques et de reconnaître pleinement la valeur des expériences qui les traversent.

C’est à cette condition que l’inclusion peut devenir une réalité durable au sein des organisations.

Sources à l’appui de ce contenu :

https://www.agefiph.fr/sites/default/files/medias/fichiers/2024-07/Agefiph-TDB-emploi-chomage-2023_2024-07.pdf

https://www.agefiph.fr/sites/default/files/medias/fichiers/2025-05/Agefiph_RA2024.pdf

https://igas.gouv.fr/sites/igas/files/2024-05/Les%20%C3%A9tablissements%20et%20services%20d%E2%80%99aide%20par%20le%20travail%20%28ESAT%29.pdf





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