Tribune du Réseau Africain pour l’Inclusion des Personnes Handicapées (RAIPH-HANDICAP)
Sur le continent africain, environ 63 millions de personnes vivent avec un handicap, selon les
estimations de l’Organisation mondiale de la santé. Ce chiffre, considérable, ne traduit pourtant
qu’imparfaitement l’ampleur réelle d’une réalité encore mal documentée, faute de systèmes
statistiques harmonisés dans de nombreux pays. Derrière cette donnée se dessine un constat
largement partagé par les organisations de personnes handicapées elles-mêmes : malgré des
avancées normatives indéniables, l’effectivité des droits demeure, pour beaucoup, un horizon plus
qu’une réalité vécue.
Des droits proclamés, une mise en œuvre à parachever
Le cadre juridique international et continental a connu des progrès notables. La majorité des États
africains ont ratifié la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées,
et le Protocole de l’Union africaine relatif aux droits des personnes handicapées en Afrique, entré en
application en 2024, vient renforcer cette architecture normative propre au continent. Plusieurs pays,
à l’image du Sénégal qui a ratifié la Convention en 2010 et instauré une carte d’égalité des chances,
ont traduit ces engagements en dispositifs nationaux concrets.
Mais l’écart entre la norme et la pratique reste considérable. Les bâtiments publics, les transports,
les écoles ou les services administratifs demeurent, dans bien des cas, inaccessibles. Les
démarches d’état civil, l’obtention de documents d’identité ou l’accès aux dispositifs de protection
sociale se heurtent encore à des obstacles physiques, administratifs et parfois discriminatoires. Pour
RAIPH-HANDICAP, la priorité n’est plus la production de textes, déjà nombreux, mais leur
application réelle, contrôlée et budgétisée.
Santé : des besoins spécifiques encore insuffisamment couverts
L’accès aux soins constitue l’un des points de fragilité les plus aigus. Dans plusieurs pays d’Afrique
australe étudiés par la Banque mondiale, seule une minorité des personnes handicapées bénéficie
effectivement des services de réadaptation médicale ou des aides techniques dont elles ont besoin.
Les centres de rééducation fonctionnelle, lorsqu’ils existent, restent concentrés dans les capitales,
laissant les zones rurales largement démunies. Le coût des soins, des appareillages et du transport
vers les structures spécialisées achève d’exclure les ménages les plus modestes.
Cette insuffisance de l’offre de santé se double d’un déficit de formation des personnels soignants
aux spécificités du handicap, et d’une faible intégration de cette dimension dans les politiques
sanitaires nationales. Le réseau RAIPH-HANDICAP plaide pour une approche systémique : intégrer
le handicap dans chaque politique de santé publique, plutôt que d’en faire un programme à part,
souvent sous-financé et marginal.
Éducation, emploi et inclusion sociale : le poids des représentations
Plus de six enfants handicapés sur dix ne sont pas scolarisés en Afrique, faute d’infrastructures
adaptées, d’enseignants formés ou de matériel pédagogique approprié. Cette exclusion précoce
hypothèque durablement les perspectives d’insertion économique : à peine un cinquième des
personnes handicapées en âge de travailler accède à un emploi rémunéré, souvent en raison de
préjugés persistants quant à leur productivité.
Ces obstacles matériels s’enracinent dans des représentations sociales tenaces, qui associent
encore parfois le handicap à une malédiction ou à une fatalité, plutôt qu’à une diversité humaine
ordinaire. Faire reculer ces représentations suppose un travail de sensibilisation de long terme, dans
lequel les organisations de personnes handicapées elles-mêmes doivent être en première ligne, et
non de simples destinataires de politiques décidées sans elles.
Une perspective comparative avec l’Europe : des leçons à double sens
L’Europe dispose, dans l’ensemble, de cadres juridiques plus anciens, de dispositifs de protection
sociale plus structurés et d’infrastructures d’accessibilité plus développées. L’expérience de
l’accessibilité universelle, des emplois accompagnés ou des dispositifs d’assistance numérique offre
des modèles dont l’Afrique peut utilement s’inspirer, à condition de les adapter aux réalités locales
plutôt que de les transposer mécaniquement.
Mais cette comparaison ne doit pas se réduire à un sens unique. Les pratiques africaines de
solidarité familiale et communautaire, lorsqu’elles sont correctement soutenues par les pouvoirs
publics, constituent des ressources d’inclusion que certains systèmes européens, plus
institutionnalisés et parfois marqués par l’isolement des personnes handicapées, ont par endroits
perdues. L’enjeu, pour RAIPH-HANDICAP, n’est donc pas d’importer un modèle, mais de construire
des réponses africaines, ancrées dans les solidarités existantes et renforcées par des politiques
publiques volontaristes.
L’engagement du réseau RAIPH-HANDICAP
Présent au Sénégal, aux Comores, en Côte d’Ivoire, au Cameroun et dans plusieurs autres pays du
continent, RAIPH-HANDICAP fédère les énergies des organisations de personnes handicapées pour
porter, ensemble, un plaidoyer cohérent auprès des pouvoirs publics et des partenaires
internationaux. Notre conviction est simple : l’inclusion n’est pas un supplément de développement,
elle en est une condition. Aucune politique de santé, d’éducation ou d’emploi ne peut prétendre à
l’efficacité si elle continue d’ignorer une part substantielle de la population.
À l’approche d’échéances internationales majeures consacrées au handicap, RAIPH-HANDICAP
appelle les gouvernements africains à transformer les engagements juridiques en budgets effectifs,
les partenaires techniques et financiers à conditionner davantage leurs appuis à des critères
d’accessibilité et d’inclusion, et la société civile à poursuivre un travail de sensibilisation sans lequel
aucune loi ne suffira à changer durablement les comportements.
C’est par cette conjonction d’efforts juridiques, sanitaires et culturels que l’Afrique pourra construire
une inclusion réelle, et non seulement proclamée.
Fossi Jean Claude
Coordinateur de la Cellule de Communication
Ressources visuelles libres de droits (crédits à mentionner)
Thème — Inclusion et vie sociale
« A Man Sitting on the Wheelchair » — Photo by Kampus Production, licence Pexels (gratuite, sans
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Thème — Accessibilité
« Accessibility ramp for wheelchair users with accessibility symbol design » — Photo by Sidney de
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Thème — Communauté en Afrique
« Group of African Children » (Tanzanie) — Photo by Sara, licence Pexels. Lien :
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