Comment permettre à tous les publics handicapés un accès rapide et simple à l’utilisation d’un PC ? C’est le défi relevé depuis 2004 par Bruno Gaudriot, concepteur et formateur du programme Facilitexte (Plume informatique) et l’Elan retrouvé, Etablissement et Service d’Aide par le Travail (ESAT), dirigé par Françoise Ossowski. Une initiative innovante soutenue depuis son origine par la Mission Handicap & Emploi de la SNCF.
De quelle manière le projet Facilitexte a-t-il pris forme?
FO : Le projet est parti d’un besoin : aider des personnes travaillant en milieu protégé à réintégrer le milieu ordinaire de travail. Or, nous savons que ce passage reste difficile en raison notamment du décalage pouvant exister entre les compétences de ces travailleurs et les attentes des entreprises. L’idée a alors été de prendre contact avec des entreprises engagées en faveur de l’emploi des personnes handicapées pour nous aider à monter et à financer des actions de formation. La Mission Handicap & Emploi de la SNCF a immédiatement répondu présente. Elle est depuis notre partenaire sur l’une des formations mises en place, Facilitexte, qui permet aux participants une meilleure utilisation des outils de Bureautique.
Pourquoi avoir créé une formation spécifique?
BG : Nous savons que l’informatique est aujourd’hui au carrefour de bon nombre d’activités. Sa maîtrise offre aux personnes non seulement plus d’opportunités professionnelles mais constitue également une formidable ouverture au monde. Or, les approches pédagogiques existantes sur le marché de la formation bureautique n’étaient pas réellement adaptées aux difficultés que peuvent rencontrer certaines personnes handicapées. Concevoir une méthode pédagogique globale permettant l’accès à l’informatique pour le plus grand nombre de personnes handicapées, c’est cela le défi de Facilitexte !
A qui s’adresse cette formation?
FO : Facilitexte s’adresse à des travailleurs handicapés exerçant leur activité professionnelle au sein d’un réseau de 5 à 6 ESAT de la région parisienne. Ces personnes souffrent de troubles psychologiques ou psychiques ou encore de troubles envahissants du développement. Chacun de ces travailleurs a élaboré avec l’aide des équipes pluridisciplinaires de son établissement un projet individuel. Pour certains, la formation permettra d’améliorer leur capacité de travailler dans leur ESAT, notamment lorsque celui-ci offre des prestations en matière de bureautique (saisie, mise en pages, gestion de fichiers…). Pour d’autres, la formation les aidera à regagner confiance et à mettre à niveau leurs compétences pour pouvoir envisager un retour en milieu ordinaire.
Pouvons-nous revenir sur l’approche pédagogique utilisée ?
BG : Je voudrais souligner que les participants sont des travailleurs avant d’être des travailleurs handicapés. Cela signifie que les pré requis en matière de capacité de lecture et d’écriture sont remplis facilement. Ensuite, l’appropriation des outils Word, Excel, du tableur et d’Internet se fait grâce à une simplification ergonomique des outils. Enfin, l’accompagnement pédagogique cherche à favoriser un apprentissage progressif et un suivi individualisé. L’appui de la SNCF nous place dans de très bonnes conditions : la formation est ainsi assurée par deux formateurs et le parcours de formation qui s’étend sur six mois est organisé autour de 14 modules de 3 heures. Encore une fois, nous ne nous situons pas dans un contexte de formation classique. L’informatique devient à certains moments un prétexte : en démontrant à nos participants qu’ils sont capables de maîtriser un outil bourré de technologie, ils regagnent petit à petit confiance en eux. Dans cette approche, tout n’est pas tourné vers la connaissance des outils et il n’y a pas d’obligation de résultat. Ce que nous recherchons, c’est avant tout d’amener la personne vers le plus haut niveau d’autonomie personnelle, professionnelle et d’intégration sociale.
Qu’est-ce que cette formation apporte aux stagiaires ?
FO : La formation est un élément indispensable au projet professionnel et au projet de vie de la personne. Toutes les applications vues en formation vont être reprises dans les parcours de professionnalisation ultérieurs.
BG : Nous avons déjà formé cinquante-trois personnes. Ce qui me marque le plus, c’est à la fois la très grande motivation des participants qui ont choisi de s’impliquer dans ce parcours mais aussi le sentiment de reconnaissance qu’ils en retirent. Les travailleurs handicapés exerçant en ESAT ont très peu de loisir d’avoir des formations de ce type ouvertes vers l’extérieur. Enfin, la découverte de l’autre et d’un groupe avec toute sa richesse constitue également un formidable levier.
Quels sont les projets pour 2009 ?
FO : Le SAIPPH (Service d’Aide à l’Insertion Professionnelle des Personnes Handicapées) crée en septembre 2008 va nous permettre d’avoir une meilleur visibilité sur les parcours individuels des personnes exerçant en ESAT et donc de celles accueillies en formation depuis 2004.
BG : Notre volonté est de nous appuyer sur les bilans et suivis faits par le SAIPPH pour proposer aux participants de Facilitexte qui en ont les capacités, l’envie et le besoin de suivre une formation d’approfondissement des outils bureautiques. Notre partenaire historique, la Mission Emploi & Handicap, est d’ores et déjà prête à nous suivre sur ce projet !
Propos recueillis par Stéphanie Galvan Ariane Conseil










