En ce début d’année, nous recevons Christian Ploton, Président de l’Agefiph pour faire le point sur les objectifs et projets de l’Agefiph, pour l’emploi des personnes en situation de handicap.
Handinova (ex-Handirect) : Quels sont les principaux défis auxquels l’Agefiph fait face actuellement ?
Christian Ploton :
La question est large, j’en citerai trois.
Numéro un, l’accès à l’emploi. Cela demeure un challenge permanent. Il est crucial pour nous de surmonter ces obstacles.
Le second, la préservation des acquis récents. L’enthousiasme lié aux Jeux Paralympiques a contribué à faire évoluer la perception du handicap, mais après des avancées notables en matière d’inclusion, il me semble essentiel de préserver ces progrès tout en limitant les risques. Les personnes en situation de handicap sont souvent les premières à être pénalisées lors des replis économiques.
Troisièmement, l’adaptation. Les conditions de recrutement changent, il faut s’adapter à ces nouvelles réalités en permanence. Il est important de garantir un accès équitable à l’emploi.
Le taux de chômage des personnes en situation de handicap a réduit son écart ces dernières années. Quelles stratégies comptez-vous mettre en place pour maintenir cette dynamique positive malgré le contexte économique incertain ?
Comme vous l’indiquez, le taux de chômage des personnes en situation de handicap a fort heureusement diminué. Il est de 12% contre 7% pour la moyenne nationale . Cet écart n’a jamais été aussi faible.
On peut regretter ce chiffre, mais il n’a tout de même jamais été aussi faible. Autre bonne nouvelle, nous avons atteint le meilleur niveau en emploi avec 1,2 millions de personnes en situation de handicap bénéficiaires d’un emploi.
Notre stratégie s’inscrit dans la continuité. Accompagner les entreprises, être à leur côté pour répondre à leurs préoccupations. Ensuite, accompagner dans l’insertion, et les salariés dans leur parcours . Ce qui intègre la formation, et l’adaptation des postes de travail.
Nous allons aussi travailler les compensations nécessaires pour le maintien dans l’emploi. Mais les employeurs ont aussi l’obligation de créer des compensations.
A charge pour nous de faire en sorte que les offres de service correspondent au mieux aux attentes.
Vous placez la flexibilité au coeur de l’action donc.
Flexibilité pour accompagner, et en même temps difficulté. Car notre rôle est de réallouer les ressources provenant de la collecte opérée auprès des entreprises, il faut de manière subtile faire évoluer l’offre de service, sans que cela soit perçu comme une restriction.
C’est le sujet délicat de notre mission.
Le plan stratégique 2023-2027 de l’Agefiph vise à faire évoluer le taux d’emploi des personnes handicapées au-delà des 3,5% actuels. Avez-vous fixé des objectifs chiffrés pour la fin de votre mandat en 2028 ?
Je n’ai pas fixé d’objectifs chiffrés à ce stade. Nous faisons actuellement le point avec un cabinet extérieur sur l’efficacité de nos actions et de nos aides. Il est utile d’avoir une interpellation sur la bonne adéquation de la manière dont on alloue nos ressources. Je souhaiterais apporter un rectificatif, le « 3,5 » est maintenant 3,6 % depuis deux années.
Et en premier lieu, j’aurais une difficulté particulière à le fixer, car nous ne sommes pas le seul à travailler pour ce taux d’emploi.
Nous avons la même volonté : s’inscrire dans une logique de complémentarité avec les acteurs de droits communs. Nous ne sommes pas les seuls acteurs, l’Etat aussi agit. Ensuite nous avons la volonté d’accompagner les acteurs pour construire un monde plus inclusif pour l’adapter aux besoins existants et à venir. Enfin, nous devons outiller les entreprises pour accroitre l’accès à l’emploi.
Et nous avons une offre de service à disposition des prescripteurs aussi.
Avec la fin des accords agréés, observez-vous un impact, et lequel, dans les entreprises et sur l’emploi ?
Oui nous observons un impact. Les conséquences, ne sont pas négatives, mais c’est un changement pour certaines entreprise qui avaient l’habitude de construire des accords, avec la validation de l’Etat. Les entreprises s’engagent pour la plupart dans des accords de droit commun.
Que fait l’Agefiph ? Nous les accompagnons et proposons une convention de service, destinée à faciliter la mise en place des actions. Cela fonctionne bien. Nous avons déjà signé avec la moitié, de mémoire, des entreprises sortant des accords agréés. Je ne crois pas qu’on puisse noter des faits négatifs. De manière traditionnelle dans ces entreprises, ces accords sont sacralisés.
Voir les actions menées par l’Agefiph en lien avec la sortie des accords agréés.
Quelles mesures compensatoires peuvent être prises par les entreprises ?
Les entreprises avaient dans leurs accords des dispositifs. Et ces dispositifs ressortent pour construire la compensation. Un des domaines essentiels est l’accessibilité de l’entreprise et des postes de travail. Ensuite, assurer plus généralement les conditions de travail, sensibiliser le personnel, permettre aux travailleurs en situation de handicap d’accéder aux niveaux de qualification requis, proposer des formations adaptées, adapter tout au long de la carrière …
Il y a aussi des sujets nouveaux, notamment sur la désinsertion. Prévenir l’inaptitude des travailleurs handicapés, savoir reclasser des personnes qui peuvent être en difficulté du fait de réorganisations, de transformations ou d’évolutions de processus.
Je pense que les entreprises ont compris que l’intégration des personnes en situation de handicap a permis d’améliorer les conditions de travail de l’ensemble des salariés. On observe une approche plus proactive. Chacun a pu constater que le handicap peut toucher tout le monde.
On n’est plus à l’époque ou le handicap était surtout le sous-produit d’une activité.
Cela existe toujours car le travail peut créer des handicaps, mais il y a tout un autre pan que les entreprises s’approprient : les problèmes de santé. Chacun peut être touché par un problème de santé.
Handinova : Le champ du handicap a évolué depuis 20 ans
Oui, le champ du handicap s’est élargi. Les problématiques de santé mentales, par exemple. On voit bien que la perception et la définition du handicap ont évolué. On voit des entreprises s’approprier ce domaine. Donc on s’adresse à un nombre croissant de personnes. Et les dispositifs évoluent en même temps.
Une illustration sur les problématiques de santé mentale : l’emploi accompagné. On accompagne 2000 personnes de plus chaque année. La progression est importante. 20 % de ces emplois accompagnés sont mis en œuvre pour des problématiques de santé mentale. On voit bien qu’on investit de nouveaux champs avec de nouveaux outils.
L’Université du Réseau des Référents Handicap se déroule à Marseille dans quelques semaines, en mars. C’est le grand évènement de l’Agefiph dédié aux référents handicap. Quelles seront les thématiques abordées cette année en priorité ?
C’est la 6ème edition. Donc c’est un franc-succès. Cette année, cela se passera à l’emblématique stade de football au Vélodrome. C’est un rendez-vous important pour les référents handicap mais aussi pour les employeurs et acteurs de l’inclusion.
Nous aurons un programme riche qui mêle des conférences, ateliers pratiques, rencontres avec des exposants. L’objectif est de partager des solutions concrètes, car seul on ne peut pas tout inventer, à plusieurs c’est plus facile.
Je crois beaucoup au partage des bonnes pratiques et des outils. Le thème de la 6ème édition sera “libérons les potentiel de performance”. C’est un clin d’œil au mouvement observé dans le cadre des Jeux Paralympiques, où on a bien vu que la performance se trouve chaque personne.
La généralisation des plateformes de prêts d’équipements de compensation du handicap est prévue dans toutes les régions. Quel est le calendrier de déploiement et comment comptez-vous mesurer l’efficacité de cette initiative ?
C’est un outil complémentaire au dispositif existant. C’est intéressant pour sécuriser les parcours des personnes en situation de handicap. Il est à noter que l’ensemble des plateformes existantes sont cofinancées entre l’Agefiph et le Fiphfp.
Une première plateforme a été novatrice en Bourgogne-France-Comté et une plateforme devrait voir le jour en centre Val-de-Loire. Et des travaux pour mettre en place dans deux autre régions sont en cours, avec des ouvertures vers la fin de premier trimestre de cette année.
Ensuite, on essayera d’expertiser les modèles économiques existants pour poser un schéma socle en adéquation avec les moyens disponibles. Les premières plateformes datent de 2021. Elles ne sont pas toutes sur un schéma strict.
En lien avec le FIPHFP, nous proposons un service qui touche le privé ou le public.
Pour une nouvelle loi sur le handicap éventuellement en préparation, quelle est la position de l’Agefiph et quelles propositions concrètes soumettrez-vous pour améliorer l’insertion professionnelle ?
D’abord, c’est un phénomène très français “il faut une loi”. Dans certains pays, on ne passe pas nécessairement par la loi. Pour autant, dans le contexte français, je crois en l’importance et la centralité d’une loi.
L’Agefiph est toujours ouverte à l’échange et nous répondrons à toutes les sollicitations. Nous sommes déjà engagés dans le bilan de la loi de 2005. Cela fait 35 ans que l’Agefiph agit, donc nous sommes pertinents pour émettre un point de vue. Notre ambition est d’améliorer l’inclusion et l’intégration des personnes en situation de handicap.
Il est bon, 20 ans après de faire le point, mesurer les avancées et les freins qui subsistent dans l’accessibilité et le maintien. Probablement qu’il est nécessaire d’avoir un nouvel élan. Sous quelle forme, c’est le législateur qui dispose.
Je suis favorable à un groupe de travail pour amener de nouvelles mesures. Soyons pragmatique, l’important est de développer l’emploi. Qui plus est, le sujet est complexe, multiplicité d’acteurs et important d’entendre les personnes.
Un récent sondage paru avec IFOP montre que 75% des dirigeants TPE considèrent qu’il est difficile d’embaucher une personne en situation de handicap, contre 41 % dans les entreprises de plus de 100 salariés.
Que souhaitez-vous dire à ces dirigeants de TPE ?
Dans le même sondage, 75% des salariés pensent que le référent handicap est essentiel pour accompagner, et les dirigeants semblent partager cette conviction, toujours selon le même sondage. Il y a d’une part les obligations que la loi prévoit , et la réalité du terrain, notamment pour la mise en place du référent handicap. Il y a des référents handicap au sein d’entreprises qui ne sont pas soumises à l’obligation. Elles ont jugé important d’avoir une personne formée et préparée pour une bonne inclusion.
Voir les résultats du 7ème baromètre Agefiph-IFOP sur la perception du handicap
Cela montre que le référent est une voie de progrès. Dans une TPE de quelques personnes, on ne va pas décréter qu’une personne soit à 100 % sur la fonction de référent handicap, et ce peut aussi être le patron de l’entreprise.
Sur la base de l’expérience de ce que certains ont fait, avoir un rôle de référent handicap est déjà un pas important. Certains l’ont compris sans en avoir l’obligation.
Accompagner les TPE est une nécessité, car la particularité du tissu économique en France, c’est la prépondérance des TPE-PME. Si on n’est pas capable de les accompagner, c’est une perte.
Avez-vous un message particulier à faire passer à nos lecteurs
Le plaisir d’échanger avec vous, une façon de faire avancer le sujet en échangeant et de mobiliser. Je suis très heureux de pouvoir échanger et partager avec vous et vos lecteurs.
Handinova (ex-Handirect) : nous aurons l’occasion de vous présenter une session d’échange et de questions/réponses dans les prochaines semaines.












