Une escarre peut se former en quelques heures et mettre des mois à guérir. En tant qu’aidant professionnel ou familial, quand on s’occupe d’un proche qui ne quitte plus son lit ou son fauteuil roulant, la question arrive vite : comment prévenir les escarres chez un patient alité, sans matériel d’hôpital et sans formation de soignant ? La plupart des gestes qui comptent sont simples. Ils demandent surtout de la régularité et un peu d’observation. Ce guide les reprend zone par zone, pour les aidants, en France comme en Belgique.
Pourquoi une escarre apparaît, et chez qui
Une escarre est une lésion de la peau et des tissus situés dessous. Elle se forme quand une zone du corps reste comprimée entre un os et un support (matelas, assise) assez longtemps pour que le sang n’y circule plus. Le cisaillement aggrave les choses : quand la personne glisse dans le lit, la peau reste collée au drap pendant que l’os bouge. L’humidité (urine, transpiration) fragilise encore la peau.
Les personnes les plus exposées sont celles qui bougent peu ou plus du tout : après un AVC, avec une maladie neurologique, en fin de vie, ou avec le grand âge. Une alimentation insuffisante, une perte de sensibilité, un diabète ou une incontinence ajoutent au risque. Un infirmier à domicile évalue ce risque dès les premières visites et montre à l’aidant les gestes à répéter : c’est ainsi que travaillent, par exemple, les équipes de Domiris auprès des familles qu’elles suivent. L’aidant devient ensuite le premier regard sur la peau.
Les zones à surveiller, au lit et en fauteuil roulant
Allongée sur le dos, la personne appuie surtout sur :
- le sacrum (le bas du dos, au-dessus des fesses), zone la plus souvent touchée chez un patient alité ;
- les talons, qui viennent juste après ;
- l’arrière du crâne, les omoplates et les coudes ;
- sur le côté, les hanches, les genoux et les chevilles.
En fauteuil roulant, la pression se déplace vers les ischions (les deux os pointus sur lesquels on est assis) et le coccyx, surtout si la personne glisse vers l’avant. Une escarre en fauteuil roulant se cache sous le bassin, et la personne ne la sent pas toujours.
Personne alitée : le changement de position, à quel rythme ?
Aucune zone ne doit rester comprimée trop longtemps. Au lit, le repère habituel est un changement de position au moins toutes les deux à trois heures, jour et nuit, en alternant le dos, le côté droit et le côté gauche. Pour la prévention de l’escarre du sacrum, inutile de tourner la personne complètement sur le flanc : une position semi-latérale, le dos calé par un coussin, suffit souvent à décharger le bas du dos.
En fauteuil roulant, le rythme est plus rapide : toutes les quinze à trente minutes, la personne se soulève sur ses bras quelques secondes, se penche vers l’avant ou d’un côté, ou l’aidant bascule légèrement le fauteuil si celui-ci le permet. Ces repères sont des points de départ, que l’équipe soignante adapte à l’état de la peau, à la douleur et au sommeil. Pour déplacer la personne, on la soulève, à deux si possible, plutôt que de la tirer.
Prévention de l’escarre au talon
Le talon n’a presque pas de chair entre l’os et la peau. La règle est simple : les talons ne doivent pas reposer sur le matelas. On glisse un coussin sous les mollets, sur toute leur longueur, pour que les pieds flottent dans le vide, genoux légèrement fléchis. Un oreiller placé seulement sous les talons ne fait que déplacer la pression.
Regarder la peau chaque jour, et la garder propre et sèche
L’inspection se fait au moment de la toilette, sur toutes les zones citées plus haut. On cherche une rougeur, une zone plus chaude ou plus dure, une petite cloque. Un test utile : on appuie du doigt sur la rougeur. Si elle blanchit puis redevient rouge, la peau réagit encore. Si elle reste rouge, c’est déjà une escarre qui commence. On supprime alors toute pression sur la zone et on ne masse jamais la rougeur : le massage abîme des tissus déjà en souffrance. Sur une peau foncée, on se fie plutôt à la chaleur, à la dureté et à la douleur.
Côté hygiène, la peau se lave à l’eau tiède et au savon doux, puis se sèche en tamponnant, sans frotter. En cas d’incontinence, on change la protection dès qu’elle est souillée. Les draps restent tendus et secs, sans miettes ni plis.
Matelas et coussin anti-escarre pour fauteuil roulant
Un support adapté ne remplace pas les changements de position, mais il allonge le temps que la peau peut supporter. Au lit, des surmatelas et des matelas à air ou en mousse répartissent la pression. Le choix se fait avec l’infirmier, le médecin ou l’ergothérapeute.
En fauteuil roulant, le coussin anti-escarre compte autant que le matelas. Il se choisit selon la morphologie, le temps passé assis et la capacité à se soulever. Une chose à bannir : la bouée, ce coussin en anneau qui concentre la pression sur son pourtour. Même avec un bon coussin, la personne continue à se soulever régulièrement.
Manger et boire assez
La peau a besoin de protéines pour résister et se réparer. Une personne alitée perd souvent l’appétit alors que ses besoins restent élevés. On enrichit les repas avec des protéines faciles à manger (œufs, produits laitiers, poisson, légumineuses) et on propose à boire souvent, par petites quantités, même sans soif, sauf restriction prescrite par le médecin. Si l’appétit baisse pendant plusieurs jours ou si la personne maigrit, on en parle au médecin.
Quand appeler le médecin ou l’infirmier à domicile
Certains signes ne doivent pas attendre la prochaine visite :
- une rougeur qui ne s’efface pas une fois la pression supprimée ;
- une cloque, une peau qui se décolle ou une plaie ouverte ;
- une douleur nouvelle à l’appui, une zone chaude ou dure ;
- de la fièvre, un écoulement, une odeur inhabituelle.
Une escarre repérée au stade de la rougeur se traite bien plus simplement qu’une plaie ouverte. L’infirmier à domicile réévalue le risque, ajuste le rythme des changements de position, conseille le matériel et assure les soins si une plaie est là. L’aidant, lui, est présent tous les jours : il remarque la rougeur du matin, installe le coussin sous les mollets, propose le verre d’eau.
Prévenir les escarres chez un patient alité ne tient pas à un geste unique mais à une routine : bouger, regarder, sécher, nourrir, et appeler sans attendre quand quelque chose change. Cette routine s’apprend en quelques jours avec un soignant, puis elle devient un réflexe.










