Dans le cadre de ce dossier consacré aux expériences européennes, nous avons interrogé les responsables de la Fédération suédoise du handicap (HSO) sur la situation des personnes handicapées dans un pays qui est longtemps apparu comme un Eldorado. Leurs réponses écornent quelque peu le mythe. Sur les neuf millions d’habitants que compte la Suède, on estime qu’une personne sur cinq est atteinte de handicap*. Une étude menée sur la population laborieuse (16 à 64 ans) montre que la répartition des différents handicaps s’établit ainsi : 6,3% de la population suédoise souffre de handicap moteur, 1,2 % de handicap mental, 1,9% de handicap visuel et 1,8% de surdité.
Cette population bénéficie d’une législation particulière dans le cadre de sa prise en charge et de son intégration sociale.
Des objectifs non atteints
Certains domaines de la société sont réglementés par la loi, et si chaque mesure proposée est testée de manière individuelle, cela ne signifie pas pour autant qu’une personne déficiente visuelle bénéficiera automatiquement de certains droits… Les domaines d’application de la règlementation recouvrent à la fois les transports, le bâti et l’environnement public. Du point de vue temporel, un plan national d’action court jusqu’en 2010, mais il est clair que les objectifs de ce plan ne seront pas tous atteints à cette date. Unerrogés sur le regard que portent les valides sur leurs concitoyens handicapés, on nous explique que « l’ambition du plan « Du patient au citoyen » était de changer le regard sur les personnes handicapées. Au sein du Mouvement en faveur du handicap, nous travaillons en permanence à faire évoluer ce regard et à modifier l’attitude des personnes valides. »
Différences entre valides et handicapés
Qu’en est-il du niveau d’intégration des personnes handicapées en Suède ? « Par rapport aux standards internationaux, nous avons un excellent niveau d’intégration, mais en ce qui concerne le marché du travail ou le secteur de l’éducation, il y a néanmoins une grande différence entre les citoyens valides et handicapés, mais nous avons obtenu de grands succès en ce qui concerne l’assistance aux personnes dans leur vie quotidienne. » En matière d’accessibilité, « dans de nombreux quartiers des grandes cités, les bâtiments anciens ne sont toujours pas accessibles, mais on constate des améliorations permanentes dans les domaines culturels et historiques.
Transports : on n’atteindra pas les objectifs
Tout ce qui concerne la mise en accessibilité du domaine public relève du Plan d’action qui devrait s’achever en 2010, mais comme nous l’avons déjà dit, les objectifs ne seront pas tous atteins. Ce plan a démarré en 2000 et le coût de la mise en accessibilité revient aux propriétaires des bâtiments. Aucune date butoir n’a été fixée pour une accessibilité complète.
En matière de transports, il existe depuis 1979 une loi qui impose la mise en accessibilité de tous les moyens de transport publics, en plus du plan en faveur des personnes handicapées, mais, dans ce domaine aussi, tous les objectifs ne seront pas atteints en 2010.
Une loi antidiscrimunatoire
Le système scolaire suédois est fondé sur l’intégration des élèves. Chaque élève devrait pouvoir choisir l’école où il souhaite étudier, mais, en pratique, toutes les écoles ne peuvent accueillir des enfants handicapés, et cela crée encore une certaine forme de ségrégation. Pour favoriser cette intégration, il existe une loi antidiscriminatoire spéciale qui impose un traitement égal de tous face à l’éducation. Les enseignants doivent prendre en compte le handicap de chaque enfant et il existe des enseignants spécialisés qui travaillent avec les enfants handicapés en pratiquant une pédagogie particulière, avec l’aide d’assistants de scolarité.
Manque de structures d’accueil pour étudiants
Néanmoins, il n’est pas facile pour les étudiants handicapés d’entrer dans les universités ou les Grandes écoles. « Les problèmes les plus importants que nous rencontrons expliquent nos interlocuteurs, concernent les personnes atteintes de surdité : manque d’interprètes en langue des signes et défaut de matériels adaptés. En ce qui concerne les étudiants souffrants de handicaps neuropsychologiques, nous manquons également des structures d’accueil, de plan et de cohérence. Les étudiants atteints de handicaps physiques rencontrent des difficultés du fait d’un environnement souvent inaccessible. Les chances d’accès des étudiants handicapés aux études supérieures sont donc moindres que celles des étudiants valides. » Il faudra donc que la Suède, pour être en conformité avec la Convention des Nations Unies en faveur des personnes handicapées, mette l’accent sur tout ce qui concerne le domaine de l’éducation.
Une règlementation mal appliquée
En matière d’emploi, la situation ne semble guère plus satisfaisante. « Nous considérons que tout le monde devrait avoir les mêmes droits à l’emploi en fonction de ses capacités. Mais en pratique, ce n’est pas le cas pour beaucoup de gens en Suède. » Il n’y a pas de quota comme celui qui existe en France et dans d’autres pays d’Europe, mais « différentes sortes d’aides sont proposées aux employeurs et aux employés » et, si la règlementation concerne aussi le maintien dans l’emploi et la formation, en pratique, « elle n’est pas appliquée. » Il existe cependant des aides sur les salaires et des aides techniques. Les freins les plus importants à l’emploi relèvent semble t’il de « l’attitude des employeurs et de celle des collègues de travail, mais aussi du manque de confiance des personnes handicapées en elles-mêmes et en leurs capacités. » Enfin, certaines grandes compagnies suédoises (Ikéa, Volvo…) appliquent des politiques d’emploi volontaristes et dans le domaine du milieu protégé, il existe une société nationale, Samhall, qui couvre tout le marché du travail protégé et qui emploie 20 000 personnes handicapées. En outre, on compte 4 000 emplois protégés dans le secteur public.











