Search
Close this search box.
Handirect devient Handinova, pour mieux refléter nos contenus variés (articles, newsletters, livres, formations, services …)
Search
Close this search box.
Handirect devient Handinova, pour mieux refléter nos contenus variés (articles, newsletters, livres, formations, services …)

Interview. « Quand la France veut, elle peut » : Sandra Bossard dresse le bilan de l’accessibilité

Écouter cet article

Nous avons le plaisir de donner la parole à Sandra Bossard, présidente de l’Association Française des Professionnels pour l’Accessibilité aux Personnes Handicapées (AFPAPH). L’occasion de revenir sur les dernières années d’engagement en matière d’accessibilité, des avancées majeures aux défis qui restent à relever.

Handinova (ex-Handirect) : Quels sont les principaux progrès réalisés ces dernières années en matière d’accessibilité ?

Nous avons assisté à une véritable montée en conscience collective sur l’enjeu de l’accessibilité. Ce n’est plus seulement une obligation légale, mais peu à peu une condition d’équité, de dignité, de citoyenneté. Les politiques publiques intègrent le sujet de manière plus transversale, et certaines collectivités territoriales se sont réellement mobilisées avec des démarches structurées, ancrées dans le terrain.

Une des avancées marquantes, à souligner avec cœur, c’est l’implication grandissante des personnes concernées dans la co-construction des projets. Les groupes d’experts d’usage mis en place dans le cadre des Jeux Olympiques et Paralympiques en sont un excellent exemple. Leur voix a été entendue en amont, et cela a changé la donne. C’est une voie à suivre absolument.

Pour le handicap invisible ?

Le sujet des handicaps invisibles, qu’ils soient sensoriels, cognitifs ou psychiques, commence à émerger avec plus de clarté. On sort progressivement d’une focalisation exclusive sur le handicap moteur. Les mentalités évoluent, on parle davantage de diversité de perception, de fatigue cognitive, d’autisme, de troubles de l’attention… Cela infuse dans les formations, les démarches de concertation, les services.





Mais ne nous méprenons pas pour autant. Cette reconnaissance est encore fragile, et souvent cantonnée à quelques secteurs pionniers. Pour que ces avancées deviennent structurelles, il faut maintenir une exigence de pédagogie, de coopération et surtout de courage politique.

Y a-t-il un domaine en particulier où vous avez constaté des avancées significatives ?

Le numérique, porté par le RGAA et la directive européenne qui entre en vigueur en juin prochain, montre des progrès tangibles. Des outils existent, les normes sont là, et certains acteurs s’en emparent. Mais cela reste encore l’apanage d’initiés.

Le secteur des transports avance aussi : outils de guidage en temps réel, information multimodale, démarches orientées usagers. C’est encourageant. En revanche, dans le secteur du bâtiment, nous faisons toujours face à une accessibilité incomplète, inégale, voire absente dans de nombreux ERP. Les contraintes budgétaires, le manque de formation des concepteurs, et la faible priorité politique donnée à ce sujet empêchent une véritable transformation.

Pour en savoir plus , consultez notre article sur l’accessibilité de sites administratifs en 2024.

 L’accessibilité des lieux publics est souvent mise en avant, mais qu’en est-il du quotidien des personnes en situation de handicap ?

Il y a un fossé entre les discours officiels et la réalité vécue. Une personne en situation de handicap, en particulier si son handicap est invisible ou psychique, affronte chaque jour des environnements inadaptés, des interactions humaines maladroites ou excluantes, un manque de lisibilité dans les espaces et les services.





« L’accessibilité ne se résume pas à une rampe ou un ascenseur »

Elle commence dès le domicile, se prolonge dans les transports, les rues, les interfaces numériques, les lieux culturels, les commerces, les interactions humaines. C’est une chaîne, et il suffit qu’un maillon cède pour tout rendre inaccessible.

Quels sont les gros retards qui freinent la mise en accessibilité des lieux publics ?

Les freins sont nombreux, structurels et connus. Il y a d’abord un manque criant de formation des acteurs. Trop souvent, les architectes, les maîtres d’ouvrage, les décideurs ne sont ni formés, ni sensibilisés. Les bureaux de contrôle continuent d’être perçus comme les référents accessibilité, alors qu’ils n’ont pas toujours l’expertise spécifique requise.

Ajoutons à cela une complexité administrative dissuasive, une absence de vision globale, et un sous-financement chronique.

« L’accessibilité est encore vue comme un lot technique, un bonus optionnel à activer si le budget le permet. Et trop souvent, il ne le permet pas »

Les handicaps dits « invisibles » sont encore peu pris en compte dans l’aménagement des espaces. Comment mieux les intégrer dans les politiques d’accessibilité ?

Il faut commencer par sortir des logiques de façade. Cela nécessite un changement de regard, mais aussi un changement de méthode. Former les professionnels, co-construire avec les personnes concernées, c’est le minimum.





Mais j’irai plus loin. Cessons de penser que les politiques publiques seules vont faire le travail. La plupart de nos représentants politiques n’ont ni les compétences, ni la volonté réelle de porter le sujet de l’accessibilité. Certains l’avouent sans détour. Quant à des structures comme le CNCPH, elles sont devenues des chambres d’écho où l’on se félicite d’être « invités au Ministère », mais où la parole des usagers est instrumentalisée sans véritable impact.

Où en est, par exemple, le décret sur l’accessibilité obligatoire des lieux de travail ? Depuis combien d’années est-il attendu ? C’est un véritable mépris pour celles et ceux qui, depuis plus de cinq ans, participent avec sérieux à la rédaction de ce texte, constamment vidé de sa substance par les ministères du Travail et de l’Intérieur, qui ne cessent d’y ajouter de nouveaux motifs de dérogation.

Vous pouvez consultez notre article sur les recommandations de la CNCPH pour une meilleure inclusion des personnes en situation de handicap

Comment l’AFPAPH agit-elle ?

L’AFPAPH agit avec détermination, méthode, et éthique. Nous sommes un catalyseur entre les collectivités, les gestionnaires de lieux, les associations, les professionnels et les personnes concernées. Nos actions consistent à former, outiller et accompagner les démarches sur le long terme. L’objectif est de promouvoir une accessibilité pensée dès la conception, en privilégiant qualité et durabilité. Une vision forte guide ces efforts : « construire un monde inclusif où l’accessibilité est une réalité pour tous, en unifiant les expertises, en innovant sans cesse, et en garantissant des solutions durables et éthiques, répondant aux besoins des usagers, tant en France qu’à l’international. »





Quelles sont ses priorités actuelles ?

Nos priorités sont stratégiques, concrètes et humaines. Nous souhaitons renforcer la culture de l’accessibilité universelle dans tous les secteurs, structurer une filière professionnelle digne de ce nom, former les acteurs de terrain, créer des ponts entre l’expertise technique et l’expérience vécue, et défendre sans relâche le droit des personnes à une pleine citoyenneté.

Nous voulons rester un référent national, en particulier sur les événements inclusifs, l’accessibilité sensorielle et la participation des usagers.

Quels exemples d’innovations ou de bonnes pratiques pourraient être généralisées à l’échelle nationale ? 

Elles viennent du terrain ! Parcours multisensoriels dans les musées, signalétique sonore et lumineuse dans les gares, guides d’accueil inclusif dans les festivals, dispositifs de médiation adaptés… Ce sont des réponses concrètes, nées de besoins exprimés, expérimentées avec pragmatisme.

« Ce sont les collectivités engagées, les petits projets bien pensés, les équipes motivées qui montrent la voie. C’est là que bat le cœur de l’innovation inclusive »

Vous pouvez également consultez notre article sur les 8 découvertes qui prouvent que l’accessibilité avance.

Quels sont les enjeux structurels de la filière accessibilité ?

Nous avons une filière de l’accessibilité… sans réelle reconnaissance institutionnelle. Les professionnels compétents existent, mais leur voix est noyée. Le métier de référent accessibilité est flou, les formations sont rares, les décideurs mal informés. Et le pire, c’est que dans beaucoup de projets, ce sont encore les architectes, non formés à l’accessibilité, qui sont considérés comme « les sachants ».





Il est urgent de structurer cette filière, de reconnaître ses compétences spécifiques, et de mieux organiser l’articulation entre tous les métiers de la chaîne.

Le RGAA est très exigeant et très peu de sites s’y intéressent et le respectent. Il faut dire que les contraintes sont importantes. Comment améliorer l’accessibilité des sites web ?

« Il faut arrêter de faire peur avec le RGAA. Ce n’est pas un monstre, c’est un levier »

Former les développeurs dès leur formation initiale, accompagner les entreprises avec des outils pratiques, des diagnostics accessibles, et surtout donner envie.

L’accessibilité numérique n’est pas une contrainte, c’est un accélérateur de performance. Combien d’entreprises perdent aujourd’hui des clients qui ne peuvent tout simplement pas finaliser une commande ou une réservation ? Et que dire des lieux pourtant accessibles physiquement, mais dont le site web ne le montre pas ? C’est une perte de sens, d’impact, de crédibilité.

Les Jeux Olympiques et Paralympiques ont été annoncés comme un accélérateur de l’accessibilité. L’héritage des JOP peut-il changer la donne ?

Les Jeux ont prouvé une chose essentielle : quand la France veut, elle peut.
L’accessibilité a été pensée en amont, intégrée à toutes les stratégies : gouvernance, logistique, communication. Et des milliers de volontaires, souvent eux-mêmes concernés par le handicap, ont porté l’accueil inclusif avec une humanité exemplaire.

« Quand la diversité accueille, c’est toute la société qui s’ouvre »

Mais il ne suffit pas d’avoir montré que c’était possible. Il faut maintenant capitaliser, documenter, transférer les pratiques. Et arrêter de considérer l’accessibilité comme un lot à part. Tant que chaque acteur reste dans son périmètre, l’inclusion ne pourra pas entrer. Il est temps de changer de modèle. Pour de bon.

Ces articles pourront vous intéresser :

Facebook
Twitter
LinkedIn
E-mail

Commentaires

Inscrivez-vous à nos Newsletters

Flash Info

Inscrivez-vous à nos Newsletters