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Aménagement domicile – avril

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Handicap et santé des femmes : l’inégalité que l’on voit peu

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Le handicap ne se vit pas de la même façon selon que l’on est un homme ou une femme. Derrière une même déficience, les obstacles, les regards et les renoncements diffèrent.

Pour les femmes en situation de handicap, une inégalité s’ajoute à une autre. Nulle part elle n’est aussi visible que dans l’accès aux soins propres à leur corps. Comprendre ces handicaps liés au genre, c’est mettre des mots sur des situations longtemps invisibles.

Le handicap se vit-il différemment selon le genre ?

Le genre façonne l’expérience du handicap, comme il façonne tout le reste. Une femme handicapée cumule deux sources d’inégalité, celle liée à son handicap et celle liée à son genre. On parle parfois de double peine. Le constat vaut d’ailleurs dans les deux sens, car les hommes handicapés rencontrent eux aussi des angles morts. Mais c’est sur la santé des femmes que le retard est le plus criant.

Cela se traduit très concrètement. Un accès plus difficile à la prévention, une exposition plus forte aux violences, une vie intime et affective trop souvent passée sous silence. Accès aux soins, prévention, maternité, dépistage, sur chacun de ces fronts l’écart se creuse. Sur ce terrain, la santé au féminin mérite d’être abordée, y compris quand elle croise le handicap.





La santé gynécologique, le point aveugle

C’est là que l’écart devient flagrant. Les chiffres issus des travaux menés en Île-de-France sont sans appel. Près de deux femmes en situation de handicap sur trois accueillies en établissement médico-social n’ont pas de suivi gynécologique régulier. Un quart n’a jamais passé de frottis. Plus de huit sur dix n’ont jamais eu de mammographie.

Les freins sont nombreux. Des cabinets et des tables d’examen rarement adaptés. Une simple table non réglable peut suffire à rendre une consultation impossible pour une femme en fauteuil. S’ajoutent des professionnels peu formés au handicap, des démarches lourdes, une appréhension légitime de l’examen. Au bout de la chaîne, le renoncement aux soins et des pathologies dépistées trop tard.

L’absence de suivi se paie cher, puisque les pathologies repérées tardivement sont aussi les plus lourdes à soigner. Lors des premières interventions, des pathologies jusque-là ignorées ont d’ailleurs été repérées chez 8,5% des femmes examinées. Pourtant, la loi de 2005 prévoyait déjà une formation des soignants à l’accueil du handicap. Sur le terrain, elle est longtemps restée lettre morte.

Dispositifs Handi, Handigynéco, amener les soins jusqu’aux femmes

Face à ce constat, un dispositif a renversé la logique. Plutôt que d’attendre que ces femmes parviennent jusqu’au cabinet, Handigynéco et d’autres dispositifs d’accompagnement des femmes amènent les soins jusqu’à elles. Des sages-femmes libérales, formées aux spécificités du handicap, interviennent directement dans les établissements médico-sociaux.





Né d’une étude en Île-de-France, le programme s’est étendu région après région depuis 2022, jusqu’à devenir une démarche nationale annoncée lors de la Conférence nationale du handicap. Déployé de la Normandie à la PACA, il forme des sages-femmes volontaires région par région. Le programme s’appuie sur les agences régionales de santé, l’Ordre des sages-femmes et des associations comme APF France Handicap.

Chaque résidente peut bénéficier d’une consultation longue par an, dans un lieu connu et rassurant. Après une formation dédiée, ces professionnelles assurent un premier recours en santé gynécologique et sexuelle, au plus près du lieu de vie. Le temps, ici, n’est pas compté car la confiance se construit.

Au-delà des soins, la vie intime et les violences

Handigynéco ne se limite pas à l’examen médical. Le dispositif ouvre aussi un espace de parole sur la vie affective et sexuelle, longtemps taboue pour les personnes handicapées. Connaissance du corps, consentement, respect de soi, autant de sujets abordés en atelier, pour les femmes comme pour les hommes accueillis. Ces échanges brisent un tabou tenace, celui d’une sexualité que l’on refuse trop souvent de reconnaître aux personnes handicapées.

L’autre versant est plus sombre. Lors des consultations menées en Île-de-France, un quart des femmes rencontrées avaient subi des violences physiques, verbales ou sexuelles dans le cadre familial ou institutionnel. Repérer ces situations, écouter, orienter, fait pleinement partie de la mission. Sensibiliser les professionnels qui les entourent aussi. Reconnaître ce droit à une vie protégée, c’est aussi reconnaître ces femmes comme des femmes à part entière.





Vers une santé qui s’adapte à chaque femme ?

Le vrai changement tient en une idée. Ce n’est plus à la femme de s’adapter au système de soins, c’est au soin de s’adapter à elle. Les sages-femmes formées par le dispositif transforment ensuite leurs pratiques, y compris en cabinet de ville. Certaines écoles intègrent désormais l’accompagnement du handicap à leur formation.

Le chemin reste long. Beaucoup de femmes vivant à domicile échappent encore à ces dispositifs, concentrés sur les établissements. Étendre la démarche à celles qui vivent chez elles, mieux former l’ensemble des soignants, voilà les prochaines étapes. Chaque consultation gagnée, c’est un cancer dépisté plus tôt, une violence repérée, une dignité restaurée. Reconnaître que le handicap a un genre, c’est déjà commencer à mieux soigner.

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