Jacqueline a fondé Neutralit pour proposer des alèses lavables et des protège couettes imperméables. Avec des matières et des solutions performantes, mais pensées avant tout pour le corps, le sommeil et l’intimité, afin que la protection devienne un soutien, et non une contrainte.
Neutralit propose des solutions très techniques pour un quotidien souvent tabou : l’énurésie et les fuites fortes.
Qu’est-ce qui, dans votre parcours personnel ou professionnel, vous a convaincue qu’il y avait un manque crucial de dignité et de confort dans les protections de literie actuelles ?
Ce qui m’a convaincue, ce sont à la fois mon vécu personnel de maman et les attentes
très claires des familles.
Au départ, ma recherche portait sur une solution et le confort de mon enfant, mais très
vite, les échanges avec d’autres parents et aidants familiaux ont élargi ma vision.
Les familles ne cherchaient pas seulement une protection.
Elles attendaient une solution qui allie performance, dignité et qualité du sommeil.
Il ne fallait pas que ce soit trop chaud, ni trop lourd, ni bruyant, tout en restant
réellement efficace, qui se lave en machine sans sortir de chez soi.
J’ai compris que ces exigences avaient un impact direct sur la manière dont le corps vit la
nuit.
Quand une protection est mal adaptée, elle perturbe le sommeil, le confort et parfois
même l’estime de soi. C’est là que le choix est très important et pour bien choisir il faut
être informé.
Alèse jetable ou réutilisable ? Quelle épaisseur pour quel confort ? Je veux protéger ma
couette ? Mon matelas ? Mes oreillers ? Pour quelles contraintes ?
On associe souvent l’imperméable au plastique bruyant et inconfortable. Comment avez-vous réussi à concilier une imperméabilité totale avec les exigences de confort (douceur, silence, respirabilité) indispensables pour des personnes qui passent parfois beaucoup de temps alitées ?
J’y suis arrivée en partant de la matière et surtout du ressenti du corps celui de mon enfant
avec qui je traversais cette période où trouver une solution alternative était nécessaire.
Pour moi, une imperméabilité totale n’a de sens que si elle ne dégrade pas le confort, le
silence et la qualité du sommeil.
Nous avons testé plusieurs matières et compositions différentes pendant des semaines puis
nous avons trouvé l’équilibre idéal.
J’ai donc travaillé sur le choix de matières capables de protéger efficacement tout en restant
souples, discrètes et respirantes.
Toutes les matières imperméables ne se comportent pas de la même façon : certaines sont
rigides, brillantes et bruyantes, d’autres beaucoup plus douces et silencieuses.
L’enjeu a été de trouver le juste équilibre, en pensant aux personnes qui passent parfois de
longues heures alitées.
Quand une protection se fait oublier, qu’elle ne chauffe pas, qu’elle ne fait pas de bruit, elle
devient un soutien au quotidien plutôt qu’une contrainte.
C’est cette attention portée au confort réel, autant qu’à la performance, qui permet aujourd’hui
de concilier imperméabilité totale et respect du corps.
Vous avez fait le choix du « Fabriqué en France ». Dans un secteur textile très concurrentiel, quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez pour maintenir une production
locale tout en restant accessible pour les familles et les établissements ?
Il est peut-être utile d’apporter une précision sur la question.
Je suis l’inventrice du projet et tout le travail de conception, de réflexion, de dessins, de
prototypes et de tests a été mené en France. C’est d’ailleurs dans ce cadre que j’ai été
reconnue au Concours Lépine.
La phase de recherche et développement a été essentielle : comprendre les besoins, imaginer
les solutions, tester différentes compositions textiles, ajuster, recommencer, jusqu’à trouver le
bon équilibre entre imperméabilité, confort et qualité de sommeil.
Ensuite, il a fallu trouver un partenaire de fabrication capable de répondre à ces exigences très
spécifiques.
Dans le secteur du linge de lit cela demande un savoir-faire précis et une grande souplesse
pour accepter de nombreux essais et ajustements. C’est ce qui m’a conduite à collaborer avec
une équipe franco-espagnole spécialisée, capable d’accompagner ce niveau d’exigence.
L’enjeu a toujours été le même : rester fidèle à l’invention et à la qualité du produit, tout en
proposant des solutions accessibles aux familles.
Au-delà de la protection du matelas, vos produits visent à simplifier la vie des aidants (moins de lessives, changement rapide). Avez-vous des retours d’utilisateurs sur la manière dont Neutralit a concrètement allégé leur quotidien ou leur charge mentale ?
Tout commence par la personne concernée, j’ai mis en place des alèses bordables
réutilisables à domicile afin de proposer une alternative aux alèses jetables durant la nuit.
Ce test nous a permis de constater auprès de l’utilisateur un confort qu’il n’avait pas ressenti
depuis longtemps.
Avant de parler d’organisation ou de charge pour les aidants, il faut regarder comment se sent
la personne dans son corps, dans son sommeil, dans son intimité.
Un corps qui dort mal, qui est inconfortable ou qui se sent dévalorisé, impacte directement la
santé mentale.
Et quand la santé mentale est fragilisée, le quotidien devient plus difficile pour tout le monde,
y compris pour les aidants.
Aujourd’hui, on décide encore trop souvent à la place des personnes vulnérables.
On ne leur demande presque jamais ce qu’elles préfèrent, ni si d’autres alternatives existent.
Pourtant, les familles ont le droit d’être informées, et les personnes concernées ont le droit de
choisir ce qui leur apporte le plus de confort et de respect.
L’inclusion commence dès le réveil, je le pense et je le rappelle souvent.
On ne peut pas parler d’inclusion si l’on ne prend pas en compte le sommeil, le confort, la
dignité et la santé mentale des personnes en situation de handicap ou en perte d’autonomie.
Elles ont des projets, des rêves, des objectifs de vie, bien dormir est essentiel pour mieux
vivre sa journée.
Neutralit est né de cette conviction simple :
remettre l’humain au centre, proposer des alternatives, et rappeler que prendre soin du corps,
c’est aussi prendre soin de la personne dans ce qu’elle a de plus intime.
Le secteur du grand âge et du handicap consomme énormément de protections jetables,
ce qui pose un problème écologique et économique. Quelle est votre position sur la
durabilité de vos produits et comment accompagnez-vous le changement de mentalité
vers le lavable ?
Le sujet de la durabilité est essentiel, mais il doit être abordé avec beaucoup de justesse.
En France, des millions de personnes vivent à domicile avec une perte d’autonomie, un
handicap ou une fragilité temporaire et utilisent au quotidien des protections de literie,
souvent jetables, par défaut.
On parle donc d’un enjeu à la fois humain, écologique et économique, mais qui se joue avant
tout dans l’intimité du domicile, là où les familles font comme elles peuvent avec ce qu’elles
trouvent.
Ma position n’est pas d’opposer le jetable au lavable, ni de culpabiliser.
Beaucoup de familles utilisent des protections jetables simplement parce que ce sont les
seules solutions visibles, connues ou proposées. Le choix est souvent contraint, pas éclairé.
Lorsque des alternatives lavables existent, qu’elles sont confortables, silencieuses et adaptées
au sommeil, le regard change naturellement.
Ces solutions peuvent être plus durables dans le temps, souvent plus économiques sur la
durée, mais surtout plus respectueuses du corps et de la santé mentale des personnes à
domicile.
Le changement de mentalité ne se fait pas par l’injonction, mais par l’information,
l’accompagnement et l’expérience.
Chez Neutralit, l’objectif est d’expliquer, de rassurer et de laisser le choix, en tenant compte
de la réalité du quotidien des familles.
Parce que la durabilité n’a de sens que si elle s’inscrit dans le respect des personnes et de leur
rythme de vie.
Si vous aviez une baguette magique pour transformer le secteur du médico-social en France, quel obstacle réglementaire ou culturel aimeriez-vous lever pour faciliter l’accès à vos innovations pour tous (IME, MAS, Ehpad) ?
Il ne me faudrait sans doute pas une seule baguette magique, mais au moins deux ou trois.
Mon regard est façonné par une sensibilité aiguisée au réel, née de l’écoute des personnes en
situation de handicap ou de perte d’autonomie à domicile.
Ce sont avant tout des personnes, avec des rêves, des projets de vie et une volonté de
continuer à avancer.
Or, comme pour chacun d’entre nous, quand on dort mal, il devient difficile d’être pleinement
soi-même.
Le sommeil conditionne la santé mentale, l’énergie et la capacité à faire face au quotidien.
Aujourd’hui, trop de décisions sont encore prises par habitude ou par défaut, sans toujours
demander aux personnes concernées ce qui leur apporte réellement du confort et du respect.
On ne peut pas parler d’amélioration sans une volonté sincère de porter une considération
honnête et transparente à celles et ceux qui vivent ces réalités.
Il existe des aidants très engagés, mais l’accompagnement à domicile reste sous tension.
Progresser passe aussi par une meilleure organisation, et surtout par une écoute réelle des
personnes elles-mêmes, par exemple à travers des questionnaires simples, réellement pris en
compte.
L’inclusion commence dès le réveil à domicile ou en institut. Elle commence par le sommeil,
le confort, la dignité et la place accordée à la parole des personnes.
Un dernier mot
Avec tous mes remerciements :
Neutralit est né de l’écoute de la voix du silence : celle des personnes dont les besoins s’expriment d’abord dans le corps. Mettre en lumière ces innovations humaines est essentiel et je remercie Handinova
d’offrir à cette parole un espace pour exister.










