Les 26 et 27 mars, l’Agefiph organise la 7ème édition de l’URRH à Orléans. L’événement réunira des référents handicaps venus de toute la France, les acteurs de l’écosystème et les entreprises du territoire. Céline Métais, déléguée régionale de l’Agefiph Centre Val de Loire et Arnaud Bobin, coordinateur national du réseau livrent les enjeux et temps forts de cet événement. Rencontre.
Propos recueillis par Hélène Le Courtois.
1/ Quelles sont les missions de ce réseau animé par l’Agefiph et ses enjeux actuels ?
Arnaud Bobin :
Le réseau des référents handicap a trois objectifs : professionnaliser les référents handicap en entreprise quelle que soit la taille de la structure, les autonomiser dans leur fonction et les mettre en réseau. C’est important qu’ils se connaissent pour pouvoir ensemble engager des actions sur un bassin d’emploi ou auprès d’une branche professionnelle et, de manière globale, générer leurs propres solutions.
Ce réseau existe depuis 2008. Il est né en région, dans les Hauts-de-France à partir d’un constat : les référents handicap se sentaient relativement seuls dans leur fonction. Ils souhaitaient pouvoir échanger entre pairs sur leurs problématiques et l’outillage qu’ils peuvent utiliser. Le réseau est aujourd’hui un dispositif national qui existe dans toutes les régions.
En 2025, nous avons enregistré 197 événements qui ont réuni plus de 6400 participants autour de webinaires ou encore d’ateliers d’échange de pratique en présentiel.
A chaque fois, nous proposons des actions qui prennent appui sur l’intelligence collective, notre marque de fabrique. La position de l’Agefiph sur ces questions n’est pas de délivrer des réponses mais de mettre en mouvement, d’animer et de faciliter la génération de solutions par les référents eux-mêmes sur des thématiques et des situations qu’ils rencontrent.
Céline Métais :

Le réseau retrouve chaque année ses racines régionales au moment de l’université organisé sur les territoires et nous sommes très attachés à cet ancrage local. Après Marseille l’année dernière, nous sommes aujourd’hui fiers en Centre-Val-de-Loire d’accueillir l’événement, de mettre en avant nos réalisations. Chaque édition a sa touche. Nous avons notamment conçu avec les équipes qui gèrent le réseau au niveau régional un atelier « made in Centre Val de Loire » que nous avons hâte de partager et qui viendra illustrer les actions engagées sur le terrain.
L’objectif est aussi de souligner la puissance du réseau aux acteurs de terrain et de faire de cet événement une vitrine des initiatives déployées tout au long de l’année par les référents handicap en prenant appui sur les bonnes pratiques des uns et des autres. En 2025 par exemple, 327 participants ont participé aux initiatives du réseau en région Centre Val de Loire. A Orléans, les 26 et 27 mars prochains, nous attendons près de 1000 personnes. Sur place, des exposants partageront également leurs solutions innovantes et des personnalités inspirantes prendront la parole lors de plénières qui pourront aussi être suivies à distance.
2/ La thématique retenue cette année « Référents handicaps : défis acceptés ! » est-elle une manière de mettre l’accent sur le challenge relevé au quotidien par ces acteurs clé dans l’entreprise ?

Arnaud Bobin :
Le référent handicap est en effet le chef d’orchestre de la politique handicap en entreprise : sa mission est à la fois d’accompagner les personnes en situation de handicap dans leur parcours professionnel, en proposant des solutions sur mesure et aussi de guider des salariés, confrontés au sujet plus récemment. Ils ont besoin d’un accompagnement fort au démarrage pour éviter les ruptures de parcours.
Le référent handicap est également un lobbyiste. Il porte des messages auprès de sa direction, communique sur le fait que le handicap n’est pas une contrainte, que des actions assez simples peuvent être mises en place en identifiant les bons acteurs. Il peut aussi jouer un rôle dans la négociation d’accords internes avec les organisations syndicales et les directions. Il est vraiment ce rouage entre les personnes concernées, les entreprises et la myriade d’acteurs qui existent. Et c’est à ce titre un véritable défi car il est parfois seul dans l’entreprise et son action est essentielle. Cet événement est donc aussi l’occasion de mettre la fonction en avant.
3/ Quels sont les sujets phares que vous souhaitez partager cette année lors de cette université ?
Céline Métais :
Nous allons proposer deux focus particuliers : un premier sur l’intelligence artificielle au service de l’accessibilité numérique et un second sur la santé mentale au travail. L’intelligence artificielle fait aujourd’hui partie du quotidien des entreprises et peut offrir de vrais moyens de compensation en matière de handicap. Elle peut devenir un allié toujours dans le cadre de l’intelligence collective au cœur de nos stratégies. Nous allons nous interroger sur la manière dont l’IA devient un outil pour le référent handicap et peut l’aider dans ses missions. Nous allons y réfléchir ensemble, poser des jalons, challenger des postures, définir des limites également en gardant à l’esprit que l’IA n’est aussi que le reflet de nos propres biais sur les questions du handicap.
Sur le second sujet, la santé mentale a été désignée pour la seconde année consécutive Grande cause nationale par le gouvernement. Nous souhaitions aussi en faire une thématique centrale de l’université, œuvrer à bien identifier les questions qui y sont liées car aujourd’hui nous avons une multitude d’informations sur la santé mentale et besoin d’éléments de référence. Derrière ce sujet, parle-t-on de souffrance au travail, d’handicap psychique, quels sont les liens, comment traite-t-on la question en entreprise ? En parler c’est permettre ensuite d’outiller le réseau sur un sujet qui reste difficile à aborder dans les collectifs de travail.
4/ Cet événement est aussi l’occasion de parler des engagements menés en entreprise en matière de politique du handicap ?
Arnaud Bobin :
Pour les entreprises de plus de 250 salariés, il y a une obligation de nommer un référent handicap. C’est aujourd’hui le cadre réglementaire principal qui existe et qui conduit souvent une entreprise à se doter d’un référent pour diminuer sa contribution à l’Urssaf. Cette première clé d’entrée est à saisir même si elle n’est pas la seule et c’est important de le souligner.
Avoir un référent handicap permet surtoutd’engager un travail de fond en matière d’emploi et de maintien en compétences. La population aujourd’hui vieillit, cette réalité augmente le risque de handicap. Une personne sur deux dans sa carrière professionnelle se retrouvera en situation de handicap. Il va donc falloir maintenir en emploi ces salariés à la fois, d’un point de vue humain mais aussi d’un point de vue strictement de maintien des compétences. Ce serait dommage de se priver de collaborateurs investis depuis des années au sein d’une entreprise, consciencieux, productifs, efficaces et porteurs d’idées.
Œuvrer au maintien en emploi des personnes concernées par le handicap, c’est aussi favoriser la diversité, source de développement et d’innovation dans l’entreprise. Avoir des profils différents permet de générer des idées pas toujours conventionnelles et qui permettent de faire avancer une entreprise. C’est aussi une richesse pour une entreprise de recruter ces profils.
Céline Métais :
L’Université va nous permettre de dialoguer sur tous ces sujets avec nos partenaires (France Travail, l’État…) et les acteurs économiques (organisations patronales, syndicales) pour montrer qu’aujourd’hui la réponse apportée aux référents handicap et au monde de l’entreprise est une réponse coordonnée. L’écosystème peut être perçu parfois comme nébuleux mais nous souhaitons porter le message que nous en sommes conscients et que nous mettons tout en œuvre pour aider chacun à remplir ce que je préfère appeler mission et non obligation.
Et nous sommes soutenus : le taux d’emploi s’améliore, progresse tous les ans. Aucune entreprise ne déclare aujourd’hui préférer payer la contribution qu’embaucher une personne en situation de handicap. La volonté de s’engager est là et les entreprises qui s’adressent à nous souffrent plus d’une méconnaissance de la manière d’agir que d’un manque de volonté. Les entreprises doivent également agir dans un marché de l’emploi marqué par des pénuries de main d’œuvre dans certains secteurs. C’est donc aussi une réflexion sur la manière de faire de cette contrainte une opportunité pour notre public en recherche de professionnels. C’est pourquoi les référents sont des maillons et des ambassadeurs extraordinaires au sein des entreprises.
5/ Ces référents permettent aussi de donner de la visibilité à un écosystème jugé parfois complexe.
Arnaud Bobin :
On ne résout pas des questions complexes avec des réponses simples. On est souvent sur des situations individuelles porteuses de problématiques qui viennent d’horizons différents. Si on compte autant d’acteurs qui gravitent autour de ces questions d’emploi et de handicap, c’est aussi parce qu’il y a besoin de beaucoup de compétences, d’expertise pointue et que l’on ne peut en faire l’économie au regard de situation individuelle.
Mais aujourd’hui, les lignes bougent. On parle davantage de handicap, notamment dans les médias. Récemment lors du premier match de rugby des Bleus au tournoi des Six Nations, Maxence, âgé de 11 ans, atteint d’une maladie génétique qui lui fait perdre progressivement l’audition a interprété la Marseillaise en langue des signes au stade de France. Une fierté pour la région hôte cette année puisque le jeune garçon est originaire du Loiret !










