Visiter une abbaye, découvrir un musée, parcourir une réserve naturelle ou explorer les rues d’une ville historique : l’expérience culturelle et touristique devrait pouvoir être partagée par tous. Depuis près de 30 ans, l’association AcceSens œuvre à rendre la culture et les loisirs accessibles aux personnes en situation de handicap, mais aussi aux personnes âgées et aux jeunes publics. Avec Handivisites, son application gratuite, elle donne davantage de visibilité aux sites accessibles et aux outils de médiation adaptés. En Auvergne-Rhône-Alpes, 43 sites sont ainsi présents sur l’application.
Crédits photos AcceSens
Pour certains visiteurs, une sortie culturelle, la découverte d’un site naturel ou d’un lieu patrimonial se prépare en un rien de temps. Mais pour une personne en situation de handicap, elle peut nécessiter bien davantage d’anticipation et d’organisation.
Le lieu est-il accessible ? Les informations sont-elles compréhensibles ?
Existe-t-il une audiodescription ? Une vidéo en langue des signes ? Un parcours adapté aux personnes présentant un handicap mental ?
Car l’accessibilité ne se résume pas à pouvoir franchir une porte ou circuler dans un bâtiment. « L’accessibilité physique est parfois prise en compte mais on passe souvent à côté de l’accessibilité intellectuelle », soulignait déjà Anne-Marie Baliteau, directrice administrative d’AcceSens. C’est précisément sur cette dimension que l’association a développé son expertise.

De Braille & Culture à AcceSens
Née sous le nom de Braille & Culture, l’association s’est d’abord consacrée à l’accès à l’information pour les personnes déficientes visuelles, notamment à travers la transcription et l’adaptation de documents. Au fil des années, son champ d’action s’est élargi.
Devenue AcceSens, l’association travaille désormais sur l’ensemble de la chaîne de l’accessibilité culturelle : conseil, conception de supports de médiation, adaptation de documents, création de visites sensorielles et formation des professionnels de l’accueil et de la médiation.
Son objectif reste le même : permettre à chacun de vivre une expérience culturelle ou touristique avec les autres, plutôt que de créer des parcours séparés.
« L’une des particularités de l’association, c’est que les personnes en situation de handicap sont associées aux projets en amont », explique Serge Pichot, directeur chez AcceSens. Cette méthode de co-construction permet de confronter les dispositifs imaginés aux besoins réels des utilisateurs. « Quand on déploie les outils opérationnels, on est quasiment sûrs que c’est adapté », résume-t-il.
Handivisites, le patrimoine accessible dans sa poche
Cette expertise se retrouve dans Handivisites, une application gratuite destinée à faciliter l’accès à la culture pour tous les publics, et plus particulièrement aux personnes présentant un handicap visuel, auditif ou mental.
Son principe est simple : proposer un annuaire de lieux touristiques, culturels, patrimoniaux et naturels et permettre aux visiteurs d’identifier les sites disposant de dispositifs adaptés.
Selon les lieux, l’application peut donner accès à des visites en audiodescription, à des textes en gros caractères ou à des dessins en couleurs contrastées pour les personnes déficientes visuelles. Les visiteurs sourds ou malentendants peuvent retrouver des vidéos en langue des signes française (LSF). Les personnes présentant un handicap mental, comme les jeunes publics, peuvent bénéficier de contenus rédigés selon les principes du Facile à lire et à comprendre (FALC).
Mais l’intérêt de ces outils dépasse largement les seuls publics auxquels ils sont initialement destinés. Une audiodescription peut par exemple proposer une manière originale d’appréhender un monument ou un paysage, tandis qu’un texte FALC peut rendre une visite plus accessible aux enfants.
Handivisites porte ainsi une vision universelle de la médiation : rendre les contenus accessibles aux besoins spécifiques, tout en améliorant l’expérience de visite pour chacun.
43 sites référencés en Auvergne-Rhône-Alpes
La région Auvergne-Rhône-Alpes occupe une place importante dans cette démarche. 43 sites de la région figurent aujourd’hui sur Handivisites, avec des profils très différents : monuments, musées, villes, espaces naturels ou réserves.
Cette présence régionale est notamment liée à deux programmes structurants auxquels AcceSens participe depuis plusieurs années : Massif Central pour tous et Loire pour tous.
Lancé en 2010, Massif Central pour tous (MCPT) constitue l’un des projets emblématiques de l’association. Sept tranches de travaux successives ont permis d’accompagner environ 130 sites. Initialement consacré au handicap visuel, le programme s’est progressivement ouvert aux handicaps auditif et mental.

L’ambition était alors de faire du Massif Central un territoire pilote en matière d’accueil des personnes en situation de handicap, en développant une véritable offre de visites adaptées.
Mais aujourd’hui, les contraintes budgétaires sont bien plus fortes. Les collectivités disposent de moins de moyens pour financer de nouveaux projets et les collectivités régionales se sont notamment retirées de la septième phase du programme. Celui-ci est donc actuellement à l’arrêt. Une nouvelle phase pourrait toutefois voir le jour, mais avec un budget qui devrait rester limité.
Pour AcceSens, l’expérience accumulée ne doit pourtant pas disparaître. L’association réfléchit désormais à la création d’un réseau plus large réunissant les sites accompagnés, mais aussi d’autres lieux ayant développé leurs propres dispositifs d’accessibilité.
L’objectif pourrait ainsi faire progressivement de Handivisites une référence nationale du tourisme accessible.
Des monuments emblématiques adaptés
Le patrimoine bâti reste particulièrement présent dans le programme Massif Central pour tous.
En Haute-Loire, l’abbaye de La Chaise-Dieu constitue l’un des projets les plus importants. Le site bénéficie de dispositifs pour les personnes déficientes visuelles, auditives et mentales, avec notamment deux parcours de visite complets.

Dans le Puy-de-Dôme, le musée de la Bataille de Gergovie propose lui aussi des outils adaptés aux trois familles de handicap. Mais pour Serge Pichot, l’enjeu ne s’arrête pas à la conception des supports : « Nous avons mis en place des outils, des parcours, mais les équipes en place sont là pour les faire vivre. »

Une nuance essentielle. L’accessibilité ne peut être réduite à une collection de dispositifs techniques. Elle repose également sur les professionnels qui accueillent les visiteurs, les accompagnent et savent leur présenter les outils disponibles.
Dans la Loire, plusieurs monuments ont également bénéficié d’adaptations, parmi lesquels le château de la Bâtie d’Urfé, le prieuré de Pommiers ou encore l’abbaye de Charlieu, notamment pour les personnes déficientes visuelles. Pour AcceSens, certains de ces sites pourraient aujourd’hui aller encore plus loin dans leur démarche.
La nature devient elle aussi accessible
L’autre évolution majeure concerne les espaces naturels.
Avec Loire pour tous (LPT), initié en 2018 et concrétisé en 2020, AcceSens travaille davantage sur les réserves et les espaces naturels. Le programme repose sur un financement croisé entre l’État et les Régions et concerne des sites situés en Centre-Val de Loire et en Auvergne-Rhône-Alpes.
Deux phases ont déjà permis d’accompagner une dizaine de sites. De nouveaux projets sont encore prévus cette année en Bourgogne-Franche-Comté et en Auvergne-Rhône-Alpes.
Dans la Loire, la Maison de la Réserve naturelle régionale des Gorges de la Loire propose ainsi des outils destinés aux personnes déficientes visuelles, auditives et mentales.
La Gravière aux oiseaux, la forêt de Lespinasse, l’Arboretum des Grands Murcins ou encore la Terrasse de la Loire illustrent également cette volonté de rendre les espaces naturels accessibles à travers une médiation sensorielle.
Car découvrir un paysage ne passe pas uniquement par le regard. Le son, le toucher, les textures, les odeurs ou encore la description peuvent permettre d’appréhender autrement un environnement.
Des acteurs régionaux particulièrement engagés
Cette dynamique bénéficie depuis plusieurs années du soutien du Conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes.
« Ils nous accompagnent depuis le début », souligne Serge Pichot. La politique régionale en matière de handicap a progressivement été pensée de manière transversale, avec la volonté que cette question concerne l’ensemble des politiques publiques.
AcceSens travaille aujourd’hui avec la Région sur une nouvelle perspective : développer des actions de médiation directement sur des sites gérés par la collectivité. Dans le cadre d’une éventuelle troisième phase du programme Loire pour tous, un site régional pourrait ainsi rejoindre le dispositif. « La volonté d’avancer est toujours là », insiste Serge Pichot.
D’autres acteurs locaux montrent également leur engagement. Le Parc naturel régional des Monts d’Ardèche, par exemple, se montre particulièrement volontaire et dispose de dispositifs destinés aux personnes déficientes visuelles, auditives et mentales.
Des outils à faire vivre
Reste un défi majeur : faire connaître cette offre.
Un site peut disposer d’un parcours accessible, encore faut-il que les visiteurs potentiels le sachent. Pour Serge Pichot, les offices de tourisme ont donc un rôle déterminant à jouer : « Les offices de tourisme doivent s’en emparer, c’est primordial pour ne pas tourner en rond. »
C’est justement l’une des fonctions de Handivisites : rendre visibles les initiatives existantes et permettre aux visiteurs de les identifier plus facilement.
L’application ne recense d’ailleurs pas uniquement les sites adaptés par AcceSens. Certains établissements ayant développé leurs propres outils sont simplement référencés.
L’ambition est ainsi de construire une cartographie toujours plus complète de l’accessibilité touristique.
Une ambition qui dépasse la région
Aujourd’hui, AcceSens doit composer avec des moyens plus limités, mais souhaite s’appuyer sur trente ans d’expérience. Les programmes territoriaux ont permis de créer un réseau de sites et un solide savoir-faire, qu’Handivisites peut désormais fédérer.
L’ambition est nationale. En Auvergne-Rhône-Alpes, la dynamique est déjà engagée avec 43 sites, de La Chaise-Dieu à Gergovie, des Gorges de la Loire au Val d’Allier.
Car l’accessibilité ne consiste pas seulement à permettre l’entrée dans un lieu : elle doit aussi permettre à chacun de comprendre, ressentir et partager ce qui en fait la richesse. Avec Handivisites, AcceSens défend ainsi une vision plus inclusive de l’expérience touristique et culturelle. Le patrimoine accessible n’est plus une exception, mais une invitation à découvrir autrement, ensemble.












