Le 1er octobre, le Palais des Congrès de Paris accueillait la 10e édition d’Inclusiv’Day, désormais organisée par le groupe AEF info suite à la cession par Les Echos-Le Parisien.
Une édition anniversaire qui a bien pris la relève : environ 6 000 participants, 280 intervenants, 200 partenaires et exposants, 120 sessions et animations.
Si vous n’avez pas pu vous y rendre, voici ce que nous vous proposons d’en retenir.
1. Un salon qui a changé de périmètre
Pour ses dix ans, Inclusiv’Day a pris un virage assumé : l’événement ne se limite plus au seul handicap direct.
Sous le fil rouge « La force de l’engagement », le programme s’est structuré autour de trois thématiques — handicap, aidance, santé au travail — et de trois parcours transversaux : gouvernance inclusive, achats et sous-traitance inclusive, tech et innovation.
Du côté des entreprises présentes, on retrouvait des habitués comme Malakoff Humanis, aux côtés de nouveaux venus comme CNP Assurances, Equans, Veolia, Vinci, Engie, Carrefour, Transdev, STEF, BNP Paribas, Radio France ou Apicil. Handinova y avait également un stand.
Voir aussi notre article : 16 entreprises vraiment inclusives
Inclusiv’Day parle désormais aussi aux DRH et Responsables RSE au sens large, pas seulement le référent handicap.

2. L’IA inclusive, sujet qui a dominé les échanges
Parmi les temps forts, une conférence posait la question frontalement : « L’IA peut-elle rendre le travail plus inclusif ? ». Le sujet traverse désormais tous les salons RH, mais il prend ici un relief particulier : l’IA peut autant lever des barrières (transcription, accessibilité numérique, aide à la rédaction) que créer de nouvelles exclusions si elle est déployée sans vigilance.
La question n’a pas été tranchée en une heure de conférence — elle ne pouvait pas l’être — mais elle confirme que le sujet s’impose désormais dans l’agenda des directions inclusion, au même titre que l’emploi ou l’accessibilité physique.
3. Troubles du neurodéveloppement : une chance, mais pas à sens unique
Une session portait un titre qui a fait réagir : « Troubles du neuro-développement, une chance pour les organisations ». Le raccourci mérite d’être nuancé. Présenter les profils TND avant tout comme une ressource à valoriser pour l’entreprise risque de glisser vers une logique instrumentale, où la personne compte d’abord pour ce qu’elle rapporte.
Ce que les échanges mettaient surtout en avant, c’est l’inverse : des organisations qui apprennent à adapter leurs postes, leurs process de recrutement et leur management pour permettre à des personnes TND de travailler dans de bonnes conditions — un bénéfice collectif qui découle du respect des besoins individuels, pas l’inverse.
Un sujet encore jeune dans les politiques inclusion, à suivre avec ce garde-fou en tête.
4. L’achat inclusif veut sortir de la case « bonne conscience »
« Achat inclusif, changeons d’échelle ! » : le titre de cette session résume une frustration partagée par une partie du secteur protégé et adapté (ESAT, entreprises adaptées), qui reste trop souvent cantonné à des commandes d’appoint plutôt qu’à de vrais contrats-cadres pérennes. Le sujet rejoint les débats déjà en cours sur la convergence des droits des travailleurs d’ESAT et la fragilité budgétaire du secteur.
Changer d’échelle suppose que les directions achats, pas seulement les directions handicap, s’emparent du sujet — c’est précisément le pari que fait Inclusiv’Day en l’intégrant à ses parcours transversaux.

5. L’accessibilité universelle, de la mobilité à l’écran
Autre session à noter : « Accessibilité universelle, de la mobilité à l’écran », qui relie accessibilité physique et numérique dans un même continuum plutôt que deux sujets séparés. Le moment choisi n’est pas anodin : l’European Accessibility Act est entré en application en juin 2025, élargissant les obligations d’accessibilité numérique à de nombreuses entreprises privées jusque-là hors du champ du RGAA. Un sujet qui va rester chaud dans les prochains mois, pour le e-commerce comme pour les services audiovisuels.
6. Un calendrier pensé pour transformer l’actualité en action
L’organisation l’a présenté comme un choix délibéré : Inclusiv’Day se tenait trois semaines après la Conférence nationale du handicap du 4 septembre, et après la finalisation de la feuille de route de l’Agefiph. Comme le résume Danielle Deruy, côté organisation, l’ambition était d’« ouvrir le champ des entreprises » pour que les annonces institutionnelles se traduisent concrètement sur le terrain. Un pari pertinent : beaucoup de décideurs présents cherchaient moins à s’informer qu’à savoir comment transformer ces annonces en plan d’action interne.
7. La frontière entre handicap et maladie chronique, sujet montant
Dernier point, plus discret mais révélateur : les organisateurs ont assumé vouloir aborder « la frontière de plus en plus ténue entre handicap et maladie chronique », aux côtés de la santé mentale et de la prévention santé.
Un signe que le périmètre de l’inclusion au travail continue de s’élargir, vers des salariés qui ne se reconnaissent pas toujours dans le mot « handicap » mais dont le besoin d’aménagement est tout aussi réel.










